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C’était une nuit obscure. Les hommes ne pouvaient plus discerner quel chemin ils devaient prendre pour retourner dans leurs pays, lorsqu’apparut dans le ciel une lumière resplendissante qui éclairait les pas des voyageurs comme en plein midi.

À ce moment-là, on vit une multitude d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards, de moines, de religieuses et de prêtres, avec le Pontife à leur tête, sortir du Vatican et se ranger en forme de procession.

Mais voici qu’éclata une furieuse tempête ; obscurcissant quelque peu cette lumière, elle semblait engager un combat entre la lumière et les ténèbres. Cependant, on arriva sur une petite place couverte de morts et de blessés, dont plusieurs demandaient à grands cris du réconfort.

Les rangs de la procession s’éclaircirent considérablement. Après avoir marché pendant un espace correspondant à deux cents levers de soleil, chacun s’aperçut qu’il n’était plus à Rome.

L’effroi s’empara de tous, et chacun se rassembla autour du Pontife afin de protéger sa personne et de l’assister dans ses besoins.

À ce moment-là, on vit deux anges qui, portant un étendard, allèrent le présenter au Pontife en disant :
« Reçois l’étendard de Celle qui combat et disperse les plus puissantes armées de la terre. Tes ennemis ont disparu ; tes enfants, avec des larmes et des soupirs, implorent ton retour. »

Puis, en portant le regard sur l’étendard, on voyait écrit d’un côté « Reine conçue sans péché» et de l’autre « Secours des chrétiens ».

Le Pontife prit l’étendard avec joie ; mais, considérant le petit nombre de ceux qui étaient demeurés autour de lui, il devint profondément affligé.

Les deux anges ajoutèrent :
« Va sans tarder consoler tes enfants. Écris à tes frères dispersés dans les diverses parties du monde qu’une réforme des mœurs des hommes est nécessaire. Cela ne peut être obtenu qu’en rompant pour les peuples le pain de la Parole divine. Catéchisez les enfants ; prêchez le détachement des choses de la terre. Le temps est venu, conclurent les deux anges, où les peuples seront évangélisés par les peuples. Les lévites seront recherchés parmi la houe, la bêche et le marteau, afin que s’accomplissent les paroles de David : “J’ai relevé le pauvre de la terre pour le placer sur le trône des princes de son peuple.” »

Ayant entendu cela, le Pontife se mit en marche, et les rangs de la procession commencèrent à grossir.

Lorsqu’ensuite il posa le pied dans la Ville Sainte, il se mit à pleurer devant la désolation dans laquelle se trouvaient ses habitants, dont beaucoup n’étaient plus.

Étant ensuite rentré dans Saint-Pierre, il entonna le Te Deum, auquel répondit un chœur d’anges chantant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »

Le chant terminé, toute obscurité cessa complètement et apparut un soleil resplendissant.

Les villes, les villages et les campagnes avaient vu leur population considérablement diminuer ; la terre était dévastée comme après un ouragan, une pluie torrentielle et la grêle, et les gens allaient les uns vers les autres en disant :
« Dieu est en Israël. »

Depuis le commencement de l’exil jusqu’au chant du Te Deum, le soleil se leva deux cents fois.

Tout le temps qui s’écoula pour l’accomplissement de ces choses correspond à quatre cents.


NB — « Dieu est en Israël » (Est Deus in Israel) est une expression biblique. On la retrouve notamment dans le récit de David et Goliath :
« Et toute la terre saura qu’il y a un Dieu en Israël. » (1 Samuel 17,46)

Dans ce passage, cette proclamation accompagne la victoire accordée par Dieu au faible David sur le puissant Goliath.




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