Le 14 août, à la veille de l’Assomption, l’Église fête saint Maximilien-Marie Kolbe, prêtre franciscain et martyr d’Auschwitz. On retient souvent de lui son geste héroïque : offrir sa vie à la place d’un père de famille condamné à mourir de faim. Mais pour comprendre ce dernier acte, il faut remonter à la source de toute sa vie spirituelle : l’Immaculée.

Maximilien Kolbe n’est pas seulement un martyr de la charité. Il est l’un des grands apôtres marials du XXe siècle. Toute sa vie repose sur une conviction : plus une âme appartient à Marie, plus elle appartient parfaitement à Jésus-Christ.

Les deux couronnes

Raymond Kolbe naît en Pologne en 1894 dans une famille profondément catholique. Encore enfant, après avoir demandé à la Sainte Vierge ce qu’il deviendrait, il racontera l’avoir vue lui présenter deux couronnes : une blanche, symbole de pureté, et une rouge, symbole du martyre.

Elle lui demande laquelle il choisit.

Raymond répond : les deux.

Toute sa vie semble contenue dans cette réponse.

Entré chez les Franciscains conventuels, il prend le nom de Maximilien-Marie. Ordonné prêtre en 1918, il veut conquérir les âmes au Christ. Et pour cela, il choisit la voie qui lui paraît la plus sûre : l’Immaculée.

« Accepte mon être tout entier »

À Rome, en 1917, alors qu’il est encore séminariste, Maximilien fonde avec quelques frères la Militia Immaculatæ, la Milice de l’Immaculée.

Il ne s’agit pas pour lui d’ajouter une simple dévotion mariale à la vie chrétienne. La consécration à Marie doit devenir un don total de la personne, afin que l’Immaculée puisse se servir de nous pour conduire les âmes au Christ.

Son acte de consécration exprime admirablement cette spiritualité :

« Immaculée Conception, Reine du ciel et de la terre [...] accepte mon être tout entier comme ton bien et ta propriété. »

Puis vient cette demande radicale :

« Dispose avant tout de moi comme tu le désires. »

Et enfin :

« Qu’en tes mains toutes pures [...] je devienne un instrument de ton amour. »

Tout est là. Kolbe ne met jamais Marie à la place du Christ. Il veut appartenir entièrement à Marie afin d’appartenir plus parfaitement à Jésus. Son acte de consécration s’achève précisément sur le désir de voir s’étendre le règne du Cœur divin de Jésus.

Devenir l’instrument de l’Immaculée

C’est le cœur de sa spiritualité.

Kolbe ne demande pas seulement à Marie de le protéger. Il veut devenir son instrument.

Tout doit lui être remis : intelligence, volonté, santé, travail, souffrance, apostolat, succès, échecs, vie et mort.

Cette consécration n’est donc pas sentimentale. Elle est exigeante. Elle suppose de renoncer progressivement à la volonté de disposer soi-même de toute chose pour pouvoir dire :

Immaculée, servez-vous de moi.

Et cette consécration le jette dans l’apostolat. Il fonde Le Chevalier de l’Immaculée, développe une immense œuvre d’imprimerie et crée en Pologne Niepokalanów, la « Cité de l’Immaculée ». Il part ensuite au Japon où il fonde une nouvelle mission mariale près de Nagasaki.

Son ambition est immense : gagner les âmes à l’Immaculée pour les donner au Christ.

« Seul l’amour crée »

Mais lorsque vient la persécution, les paroles doivent devenir des actes.

Maximilien Kolbe avait cette conviction :

« La haine ne sert à rien… Seul l’amour crée ! »

Arrêté par la Gestapo en février 1941, il est finalement déporté à Auschwitz.

À la suite de l’évasion d’un prisonnier, dix détenus sont désignés pour mourir dans le bunker de la faim. L’un d’eux, Franciszek Gajowniczek, s’effondre à la pensée de sa femme et de ses enfants.

Alors le père Kolbe sort des rangs.

Il demande à mourir à sa place.

Ce geste éclaire toute sa vie. Celui qui s’était offert à l’Immaculée devient maintenant, entre ses mains, un instrument de l’amour du Christ pour un autre homme.

Pendant près de deux semaines, dans le bunker de la faim, il soutient ses compagnons par la prière. Alors que les autres meurent progressivement, Kolbe demeure vivant. Finalement, le 14 août 1941, veille de l’Assomption, ses bourreaux l’achèvent par une injection d’acide phénique.

La couronne rouge entrevue dans son enfance lui est enfin donnée.

Son sacrifice d’Auschwitz n’est donc pas un héroïsme soudain. Il est l’aboutissement de sa consécration.

Il avait dit à l’Immaculée : Dispose de moi comme tu le désires.

À Auschwitz, cette offrande va jusqu’au bout.

Un saint pour nos combats

Voilà pourquoi saint Maximilien Kolbe demeure si actuel.

On peut particulièrement demander son intercession pour les familles, puisqu’il donna sa vie pour sauver un père de famille ; pour les prisonniers, les persécutés et les opprimés, puisqu’il connut lui-même l’univers concentrationnaire ; mais également pour ceux qui combattent les addictions, dont il est reconnu comme saint patron.

On peut encore l’invoquer dans le combat spirituel contre le mal, lui qui plaça toute son œuvre sous le signe de l’Immaculée, et surtout pour obtenir la grâce d’aimer lorsque tout pousserait à haïr.

Car le secret de Kolbe est peut-être là.

Au milieu d’Auschwitz, il n’a pas opposé la haine à la haine.

Il a opposé l’amour à la haine.

Cet amour n’est ni faiblesse ni renoncement à la vérité : c’est la charité chrétienne, inséparable de la foi, qui aime jusqu’au sacrifice sans jamais cesser de vouloir conduire les âmes à Jésus-Christ.

Et cet amour lui venait du Christ, auquel il s’était totalement donné par les mains de l’Immaculée.

En cette fête du 14 août, sa consécration peut donc devenir notre prière :

Immaculée, prenez-moi.
Disposez de moi comme vous le désirez.
Faites de moi un instrument de votre amour,
afin que le Cœur de Jésus règne dans les âmes.

Saint Maximilien-Marie Kolbe,
chevalier de l’Immaculée et martyr de la charité, priez pour nous.



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