Le « Code Ratzinger » à l’épreuve des faits
Benoît XVI avait renoncé, François était pape
Depuis plusieurs années circule une théorie selon laquelle Benoît XVI n’aurait jamais véritablement renoncé au souverain pontificat.
Le 11 février 2013, il n’aurait abandonné que le ministerium, c’est-à-dire l’exercice du ministère, tout en conservant le munus, la charge pontificale elle-même. François, élu le 13 mars suivant, n’aurait donc jamais été véritablement pape.
Pour expliquer pourquoi Benoît XVI reconnut pourtant François et ne revendiqua jamais ouvertement le pontificat, certains défenseurs de cette thèse invoquent ce qu’ils appellent le « Code Ratzinger » : empêché de parler librement, Benoît XVI aurait communiqué la vérité par des amphibologies, des formulations à double sens, des anomalies linguistiques et différents signes que seuls quelques initiés auraient été capables de décrypter.
Certaines étrangetés de l’après-2013 ont incontestablement favorisé ces interrogations : un « pape émérite » vêtu de blanc, conservant son nom pontifical et vivant au Vatican ; certaines déclarations de Mgr Gänswein sur un « ministère pétrinien élargi » ; l’emploi de ministerium dans la formule de renonciation ; sans oublier les luttes internes qui marquèrent la fin du pontificat.
Mais il faut comprendre immédiatement l’enjeu. Si François ne fut jamais pape, la difficulté ne s’arrête pas à François. Elle atteint désormais son successeur. Une grande partie des cardinaux qui élurent Léon XIV avaient été créés par François. Or, si François n’était pas Pontife romain, il faut expliquer comment il aurait pu accomplir l’acte juridique réservé au Pontife romain par lequel ces hommes reçurent le cardinalat et les droits qui lui sont attachés, dont celui de participer au conclave pour élire le nouveau pape. La théorie du « Code Ratzinger » ne pose donc plus seulement la question : « François était-il pape ? » Elle conduit nécessairement à poser celle-ci : « Léon XIV peut-il l’être si François ne l’a jamais été ? »
Cette question touche directement à la visibilité et à l’indéfectibilité de l’Église. Elle mérite donc mieux qu’un décryptage d’énigmes : elle exige une démonstration canonique et ecclésiologique.
Benoît XVI annonce lui-même la vacance du Siège
Revenons d’abord au texte fondamental.
Le 11 février 2013, Benoît XVI déclare « en pleine liberté » renoncer au ministère d’Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre.
Les défenseurs du « Code Ratzinger » insistent sur l’emploi de ministerium plutôt que de munus. Mais il faut lire la phrase jusqu’au bout. Benoît XVI précise lui-même l’effet qu’il entend produire : « le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant » et ajoute que le conclave pour : « l’élection du nouveau Souverain Pontife » devra être convoqué.
Voilà qui rend très difficile l’idée selon laquelle Benoît XVI aurait seulement voulu abandonner l’exercice du pontificat tout en en conservant la charge.
Car s’il conservait réellement le munus, le Siège de Pierre ne pouvait précisément pas devenir vacant et aucun nouveau Souverain Pontife ne pouvait lui succéder.
Benoît XVI confie l’élection du nouveau pape à la Vierge Marie
Un passage de la Declaratio est encore plus difficile à expliquer selon la théorie du « Code Ratzinger ».
Après avoir annoncé la vacance du Siège, Benoît XVI déclare : « implorons sa sainte Mère, Marie, afin qu’elle assiste de sa bonté maternelle les Cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife ».
Cette phrase mérite d’être pesée. Benoît XVI ne se contente donc pas d’annoncer matériellement qu’un conclave va se réunir.
Il demande à la Sainte Vierge d’assister les cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife.
Si Benoît XVI savait qu’il demeurait le véritable pape et que le conclave allait nécessairement produire un antipape, pourquoi demander à la Mère de l’Église d’assister les cardinaux « dans l’élection du Souverain Pontife », alors qu’aucun Souverain Pontife ne pouvait réellement être élu ?
Deux jours plus tard, Benoît XVI demande encore aux fidèles de prier : « pour le futur Pape ».
Et le 28 février, quelques heures avant que sa renonciation prenne effet, il déclare aux cardinaux que parmi eux se trouve : « le futur Pape », auquel il promet : « respect et obéissance inconditionnels ».
Il faudrait donc soutenir que Benoît XVI voulait rester pape tout en annonçant la vacance du Siège ; qu’il savait qu’aucun successeur légitime ne pouvait être élu tout en demandant à Marie d’assister les cardinaux dans cette élection ; et qu’il savait que l’élu serait un antipape tout en lui promettant par avance son obéissance.
Ce n’est plus seulement une distinction entre munus et ministerium qu’il faut expliquer : il faut donner aux déclarations explicites de Benoît XVI un sens contraire à celui qu’elles présentent.
Un « Siège empêché » secrètement caché derrière un Siège déclaré vacant ?
La théorie répond alors que Benoît XVI se serait placé dans une situation de sede impedita, de « Siège empêché ». Le droit canonique connaît effectivement cette situation. Mais il distingue précisément le Siège apostolique vacant du Siège apostolique totalement empêché. La différence est fondamentale.
Dans un Siège empêché, le pape demeure pape mais se trouve dans l’impossibilité de communiquer avec ceux dont il gouverne normalement l’Église. Dans une vacance, il n’y a plus de Pontife romain en fonction et il faut procéder à l’élection de son successeur.
Or Benoît XVI ne déclare jamais : « le Siège de Pierre sera empêché ». Il déclare : « le Siège de saint Pierre sera vacant ». Puis il prévoit l’élection de son successeur.
Faire de cette vacance explicitement annoncée une sede impedita secrète suppose donc, encore une fois, que Benoît XVI voulait juridiquement signifier autre chose que ce qu’il déclarait publiquement.
Il faudrait supposer un double langage permanent
C’est ici que le « Code Ratzinger » rencontre sa difficulté fondamentale.
Selon cette théorie, Benoît XVI aurait parlé sur deux niveaux. Pour l’immense majorité des évêques, des prêtres et des fidèles, ses paroles signifiaient que François était véritablement pape. Mais quelques initiés auraient dû comprendre exactement le contraire : Benoît XVI conservait le munus et François n’était pas pape. Il faudrait donc attribuer à Benoît XVI un double jeu permanent.
- Lorsqu’il dit « le futur Pape », l’Église comprend qu’un véritable pape sera élu ; les initiés doivent comprendre qu’il ne le sera pas.
- Lorsqu’il promet son « obéissance inconditionnelle », les cardinaux comprennent qu’il obéira à son successeur ; les initiés doivent comprendre que cet homme n’est pas réellement son successeur.
- Lorsqu’il demande à Marie d’assister les cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife, l’Église prie pour l’élection du pape ; les initiés devraient comprendre qu’il s’agit d’une élection incapable de produire un pape.
La difficulté n’est donc pas que Benoît XVI se serait tu. Il parle, mais il aurait parlé de telle manière que presque toute l’Église comprenne le contraire de la vérité réservée à quelques initiés.
Pendant presque dix années, les évêques auraient reconnu François comme Pontife romain, les prêtres l’auraient nommé dans la prière eucharistique, des évêques auraient été nommés, des cardinaux créés et des lois promulguées.
Et le véritable pape, vivant au Vatican, aurait laissé cette situation se poursuivre tout en réservant la vérité à ceux capables de décrypter son code.
On touche ici à une conception presque ésotérique de la succession de Pierre : la réalité visible serait fausse, tandis que la vérité sur l’identité du pape serait accessible à une minorité possédant la clé permettant de déchiffrer les paroles du véritable Pontife.
Une tentation contre l’unité des « trois blancheurs »
Pour une spiritualité catholique attachée aux « trois blancheurs » — l’amour de l’Eucharistie, l’amour de la Sainte Vierge et l’amour du Saint-Père — cette théorie constitue ainsi une tentation particulièrement grave. Ces trois réalités ne sont pas juxtaposées au gré de nos préférences : elles conduisent ensemble à l’amour de l’Église et à son unité autour du Christ.
Or le « Code Ratzinger » conduit paradoxalement à les opposer. Benoît XVI demande à la Sainte Vierge d’assister les cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife ; puis la théorie demande de croire que le résultat visible de cette élection ne fut pas un Souverain Pontife. L’Église célèbre ensuite l’Eucharistie en communion avec François ; mais les initiés devraient savoir que celui qui est nommé comme pape dans la liturgie ne l’est pas véritablement. Enfin, l’immense majorité de l’Église reconnaît le successeur de Pierre ; mais il faudrait considérer que la véritable succession pétrinienne demeure ailleurs, cachée.
Ce qui devrait manifester l’unité finit alors par être dissocié : Marie aurait été invoquée pour une élection qui n’aurait pas élu de pape ; l’Eucharistie aurait été célébrée una cum un faux pape ; et le véritable Vicaire du Christ aurait laissé cette situation perdurer sans la dénoncer ouvertement.
Le code devient impossible à réfuter
Un autre problème apparaît.
- Si Benoît XVI dit « le futur Pape », le code permet d’expliquer qu’il ne veut pas réellement dire « pape ».
- S’il annonce que le Siège sera vacant, il faudrait comprendre qu’il demeure occupé.
- S’il reconnaît François comme son successeur, il faudrait encore chercher un double sens.
Mais alors : qu’aurait pu dire Benoît XVI pour démontrer qu’il avait réellement renoncé ?
Toute déclaration contraire à la théorie peut devenir une nouvelle preuve du code. La théorie devient pratiquement irréfutable. Ce n’est plus Benoît XVI qui explique la théorie : c’est la théorie qui corrige Benoît XVI chaque fois que Benoît XVI la contredit.
Benoît XVI avait-il prévu comment sortir de son propre « code » ?
Poussons maintenant le raisonnement par l’absurde.
Supposons que la théorie soit vraie. Benoît XVI sait qu’il demeure le seul pape. François est antipape. Quelques initiés découvrent progressivement la vérité grâce au code.
Mais quel était le terme prévu de cette opération ?
Benoît XVI avait 85 ans lorsqu’il renonça. Il savait évidemment qu’il pouvait mourir avant François. Que devait-il alors se passer ?
À sa mort, le véritable pape aurait disparu tandis que François, selon la théorie, serait demeuré un antipape entouré de cardinaux dont une partie avait été créée par lui.
Comment devait-on retrouver un véritable pape ?
Qui devait convoquer l’élection ? Quels cardinaux devaient y participer ? Comment les fidèles devaient-ils savoir que le moment était venu de sortir du « code » ? Où Benoît XVI aurait-il laissé les dispositions permettant de rétablir publiquement la succession de Pierre ?
Or c’est précisément ce qui arriva : Benoît XVI mourut le 31 décembre 2022 et François lui survécut.
Si le “Code Ratzinger” était réellement un plan destiné à préserver la papauté, il aurait donc abouti à laisser l’Église, à la mort de Benoît XVI, sans pape légitime publiquement identifiable et sans procédure révélée permettant d’en élire un autre.
La théorie censée sauver la papauté finit ainsi, lorsqu’on la pousse jusqu’au bout, par rendre sa succession pratiquement insoluble.
C’est difficilement conciliable avec l’indéfectibilité promise à l’Église et avec la nature visible de la succession apostolique. Une hypothèse destinée à défendre l’Église ne peut être acceptée légèrement lorsqu’elle conduit logiquement à rendre introuvable le principe visible de son unité.
François, ses cardinaux… et Léon XIV
La difficulté devient aujourd’hui concrète.
Le canon 351 §2 prévoit que les cardinaux sont créés par le Pontife romain. Si François n’était pas pape, par quelle autorité créait-il donc des cardinaux ? Et en 2025, une grande partie des électeurs du conclave avaient précisément été créés par François. Ils élurent Robert Francis Prevost, devenu Léon XIV.
Il faut donc choisir.
Soit François possédait réellement l'autorité pontificale lui permettant de créer des cardinaux : la prémisse fondamentale du « Code Ratzinger » s'effondre. Soit il ne la possédait pas : il faut expliquer comment le Collège ainsi constitué pouvait élire Léon XIV. Et si l’on refuse cette possibilité, il faut logiquement contester également Léon XIV.
On ne peut donc raisonnablement affirmer sans explication canonique : « François n’a jamais été pape, mais Léon XIV l’est certainement. »
Le problème de 2013 se prolonge nécessairement jusqu’en 2025.
Une solution de facilité devant les difficultés du pontificat de François ?
Il faut enfin reconnaître une autre tentation, plus intellectuelle.
Benoît XVI a rappelé avec force que Vatican II devait être interprété selon une « herméneutique de la réforme » dans la continuité de l’unique sujet-Église, et non selon une herméneutique de rupture.
Cette exigence ne s’arrête évidemment pas à Vatican II. Elle exprime une attitude catholique fondamentale devant le Magistère : lorsqu’un texte paraît difficile à concilier avec l’enseignement antérieur, il faut d’abord rechercher comment il peut être compris dans la continuité de la Tradition, distinguer les degrés d’autorité, les propositions doctrinales des choix pastoraux et disciplinaires, ainsi que les interprétations légitimes des applications abusives.
Or déclarer simplement que François n’était pas pape offre précisément une solution de facilité redoutablement séduisante. Mais une autre solution, symétrique, consiste à admettre immédiatement la rupture : François était bien pape, mais il aurait enseigné l’erreur comme si celle-ci pouvait devenir, par le seul fait d’un acte pontifical, l’enseignement de l’Église en rupture avec son propre Magistère.
Amoris laetitia pose une difficulté ?
➡️ François n’était pas pape ; ou bien il aurait rompu avec l’enseignement antérieur de l’Église.
Fiducia supplicans paraît entrer en tension avec l’enseignement antérieur ?
➡️ François n’était pas pape ; ou bien il aurait enseigné l’erreur comme si l’Église pouvait désormais enseigner officiellement le contraire de ce qu’elle enseignait auparavant.
Traditionis custodes restreint profondément la célébration selon le Missel romain de 1962 et paraît difficile à concilier avec l’orientation donnée auparavant par Benoît XVI dans Summorum Pontificum ?
➡️ François n’était pas pape ; ou bien son pontificat constituerait la preuve d’une rupture assumée avec la Tradition.
Dans tous les cas, c’est finalement l’herméneutique de la rupture qui l’emporte.
Dans le premier cas, on place la rupture dans la papauté elle-même : Benoît XVI serait demeuré pape, François aurait été antipape et la succession visible de Pierre aurait été interrompue.
Dans le second, on place la rupture dans le Magistère : François aurait été véritablement pape, mais son pontificat prouverait que l’Église peut désormais enseigner en contradiction avec elle-même, voire conduire les fidèles dans l’erreur, comme si l’assistance promise par le Christ à son Église n’imposait plus aucune continuité fondamentale de la foi.
Les deux solutions ont ainsi quelque chose de commun : au lieu de commencer par rechercher la continuité, elles posent la rupture comme clé d’interprétation. Rupture de la papauté dans un cas ; rupture herméneutique et magistérielle dans l’autre.
Le problème disparaîtrait ainsi chaque fois de la même manière : soit le pontificat lui-même serait déclaré illégitime, soit la rupture du Magistère avec sa propre Tradition serait tenue pour acquise.
Mais cette solution dispense précisément d’accomplir le travail difficile auquel Benoît XVI nous avait habitués : distinguer, interpréter, confronter les textes au Magistère antérieur et rechercher, autant que possible, l’herméneutique de la continuité.
Or c’est précisément cette alternative que l’enseignement de l’Église, rappelé avec force par Benoît XVI, nous invite à refuser. Il ne s’agit pas d’inventer après coup une interprétation destinée à faire disparaître artificiellement les difficultés, mais de suivre le chemin que le Magistère lui-même nous indique : recevoir l’enseignement de l’Église avec la présomption de sa continuité avec la Tradition, puis résoudre les difficultés réelles selon le degré d’autorité des textes et la nature des actes concernés.
Reconnaître François comme pape n’oblige pas à considérer chaque phrase prononcée comme la preuve d’une rupture assumée au sein du Magistère lui-même, ni à tenir chaque décision pastorale ou disciplinaire pour irréformable. Cela n’oblige pas davantage à transformer immédiatement chaque formulation difficile en preuve que le Magistère de l’Église aurait rompu avec lui-même.
Cela oblige en revanche à affronter les vraies questions.
La véritable difficulté consiste à déterminer exactement ce qui relève du Magistère et avec quel degré d’autorité, ce qui relève de la discipline ou de la prudence pastorale, puis à interpréter ce qui doit l’être à la lumière de l’ensemble de la Tradition.
C’est précisément plus difficile que de résoudre toutes les difficultés par une seule formule : « Il n’était pas pape. » Mais il faut également refuser l’autre formule de facilité : « Il était pape ; donc l’Église a rompu avec sa Tradition. »
Dans un cas comme dans l’autre, la rupture est présupposée avant même d’avoir accompli le travail d’interprétation que l’Église nous demande. Or nous n’avons pas à inventer nous-mêmes une voie entre ces deux ruptures : nous avons d’abord à suivre celle que le Magistère de l’Église nous indique et que Benoît XVI a formulée avec une particulière clarté — l’herméneutique de la réforme dans la continuité de l’unique sujet-Église.
C’est donc à partir de cette présomption de continuité qu’il faut travailler : ne nier ni les difficultés ni l’autorité ; ne rendre infaillible ni une parole isolée ni une décision disciplinaire qui ne l’est pas ; mais ne jamais ériger non plus une difficulté d’interprétation en preuve immédiate que la papauté serait devenue illégitime ou que l’Église aurait rompu avec sa propre Tradition.
Autrement dit, ce n’est pas à chacun de décider, devant une difficulté, si le pape cesse d’être pape ou si l’Église cesse d’être fidèle à elle-même. Le Magistère déjà établi nous donne le chemin à suivre : distinguer, interpréter et recevoir les textes dans la continuité de la foi transmise. C’est précisément ce que Benoît XVI nous a enseigné.
Benoît XVI avait lui-même donné la réponse
Il existe finalement une explication qui n’exige ni code secret, ni papauté dédoublée, ni sede impedita cachée, ni succession mystérieusement réparée.
Benoît XVI avait déclaré librement renoncer. Il avait annoncé que le Siège de Pierre serait vacant. Il avait demandé à la Sainte Vierge d’assister les cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife. Il avait demandé aux fidèles de prier pour le futur pape. Il avait promis son obéissance à celui qui serait élu. Il reconnut ensuite François comme son successeur. Et lorsqu’on l’interrogea directement sur la validité de sa renonciation, il répondit qu’il n’existait « absolument aucun doute ».
On peut discuter les circonstances de son départ, les pressions qu’il subissait, le statut maladroit de « pape émérite », la soutane blanche ou certaines déclarations de son entourage.
On peut critiquer certains actes du pontificat de François et chercher loyalement comment comprendre les textes qui semblent poser difficulté à la lumière du Magistère antérieur.
Mais on ne résout pas une difficulté magistérielle en détruisant la visibilité de la succession apostolique.
Et l’on ne défend pas l’indéfectibilité de l’Église par une théorie qui, poussée jusqu’à son terme, conduit à ne plus savoir qui pouvait légitimement succéder à Pierre après la mort de Benoît XVI.
La lecture la plus conforme aux actes et aux paroles de Benoît XVI demeure celle qu’il avait lui-même donnée : il avait renoncé. Le Siège de Pierre était devenu vacant. François avait été élu pape.
Et si nous reconnaissons aujourd’hui Léon XIV comme successeur de Pierre, nous ne pouvons déclarer François antipape sans expliquer comment la succession que nous reconnaissons aujourd’hui aurait pu juridiquement traverser cette prétendue rupture.
Retrouver la confiance dans l’Église
Il reste donc à adresser une invitation fraternelle à ceux qui demeurent convaincus que François ne fut jamais pape, comme à ceux qui, à l’inverse, pensent devoir conclure des difficultés de son pontificat que l’Église elle-même pourrait rompre avec la Tradition dont elle a reçu mission de garder fidèlement le dépôt de la foi.
Les uns placent la rupture dans la succession de Pierre ; les autres risquent de la placer dans le Magistère lui-même. Mais dans les deux cas, le danger est de perdre cette présomption de continuité que l’enseignement de l’Église nous demande de conserver et de laisser s’installer progressivement la suspicion envers l’Église visible et son Pasteur suprême.
La réponse n’est ni l’aveuglement ni le silence devant les difficultés. Elle consiste à retrouver l’attitude proprement catholique : étudier, distinguer les degrés d’autorité, interroger respectueusement lorsqu’une difficulté demeure, interpréter à la lumière du Magistère déjà établi et garder confiance dans les promesses du Christ à son Église.
C’est aussi une invitation à retrouver l’unité des « trois blancheurs » : l’amour de l’Eucharistie, l’amour de la Sainte Vierge et l’amour du Saint-Père. On ne peut durablement opposer ce que la vie catholique nous apprend à aimer ensemble : communier au Corps du Christ, se confier à sa Mère et demeurer dans l’unité visible de l’Église autour du successeur de Pierre.
Que chacun puisse donc examiner loyalement l’attitude intérieure à laquelle ces controverses l’ont conduit.
Car la critique systématique du pape et de l’Église peut progressivement nourrir le soupçon, le jugement téméraire, la médisance et parfois même la calomnie. Lorsqu’il y a eu faute contre la vérité, la justice ou la charité, il ne suffit pas de changer d’opinion : ces fautes ont aussi leur place dans l’examen de conscience et, selon leur gravité, dans le sacrement de pénitence.
Retrouver cette confiance, c’est renouer pleinement avec ce mariage indissoluble des « trois blancheurs » : l’Eucharistie, la Sainte Vierge et le Saint-Père, inséparablement unis dans un même amour du Christ et de son Église.
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