Forme ordinaire (Année A)

Mardi 24 Mars

Le mardi de la 5e semaine de Carême

En ces jours là, les Hébreux quittèrent Hor-la-Montagne par la route de la mer des Roseaux en contournant le pays d’Édom. Mais en chemin, le peuple perdit courage.
Il récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! »
Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël.
Le peuple vint vers Moïse et dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple,
et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront ! »
Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie !

Seigneur, entends ma prière :
que mon cri parvienne jusqu'à toi !
Ne me cache pas ton visage
le jour où je suis en détresse !
Le jour où j'appelle, écoute-moi ;
viens vite, réponds-moi !

Les nations craindront le nom du Seigneur,
et tous les rois de la terre, sa gloire :
quand le Seigneur rebâtira Sion,
quand il apparaîtra dans sa gloire,
il se tournera vers la prière du spolié,
il n'aura pas méprisé sa prière.

Que cela soit écrit pour l'âge à venir,
et le peuple à nouveau créé chantera son Dieu :
« Des hauteurs, son sanctuaire, le Seigneur s'est penché ;
du ciel, il regarde la terre
pour entendre la plainte des captifs
et libérer ceux qui devaient mourir. »

En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Je m’en vais ; vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller. »
Les Juifs disaient : « Veut-il donc se donner la mort, puisqu’il dit : “Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller” ? »
Il leur répondit : « Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde.
C’est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. En effet, si vous ne croyez pas que moi, JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés. »
Alors, ils lui demandaient : « Toi, qui es-tu ? » Jésus leur répondit : « Je n’ai pas cessé de vous le dire.
À votre sujet, j’ai beaucoup à dire et à juger. D’ailleurs Celui qui m’a envoyé dit la vérité, et ce que j’ai entendu de lui, je le dis pour le monde. »
Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père.
Jésus leur déclara : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS, et que je ne fais rien de moi-même ; ce que je dis là, je le dis comme le Père me l’a enseigné.
Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. »
Sur ces paroles de Jésus, beaucoup crurent en lui.

Saint Athanase (295-373)
évêque d'Alexandrie, docteur de l'Église
« Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous comprendrez que moi, Je Suis »
Quelqu'un pourrait demander : si le Christ devait livrer pour tous son corps à la mort, pourquoi ne l'a-t-il pas quitté simplement comme un homme ; pourquoi est-il allé jusqu'à le faire crucifier ? Car on pourrait dire qu'il était plus convenable pour lui de déposer son corps dans la dignité, que de subir l'outrage d'une telle mort. Cette objection est trop humaine : ce qui est arrivé au Sauveur est vraiment divin et digne de sa divinité pour plusieurs raisons.

    D'abord parce que la mort qui survient aux hommes leur arrive à cause de la faiblesse de leur nature ; ne pouvant durer longtemps, ils se désagrègent avec le temps. Des maladies leur surviennent et, ayant perdu leurs forces, ils meurent. Mais le Seigneur n'est pas faible ; il est la Puissance de Dieu, il est le Verbe de Dieu et la Vie en soi. S'il avait déposé son corps en privé, dans un lit, à la manière des hommes, on aurait pensé... qu'il n'avait rien de plus que les autres hommes... Il ne convenait pas que le Seigneur soit malade, lui qui guérissait les maladies des autres...

    Pourquoi donc n'a-t-il pas écarté la mort comme il a écarté la maladie ? Parce qu'il possédait un corps justement pour cela, et pour ne pas entraver la résurrection... Mais, dira peut-être quelqu'un, il aurait dû esquiver le complot de ses ennemis, pour conserver son corps tout à fait immortel. Qu'il apprenne donc, celui-là, que cela non plus ne convenait pas au Seigneur. De même qu'il n'était pas digne du Verbe de Dieu, étant la Vie, de donner la mort à son corps par sa propre initiative, de même il ne lui convenait pas de fuir la mort donnée par d'autres... Une telle attitude ne signifiait aucunement la faiblesse du Verbe, mais elle le faisait connaître comme Sauveur et Vie... Le Sauveur ne venait pas consommer sa propre mort mais celle des hommes.
Sur l'incarnation du Verbe, 21-22 (trad. SC 199, p. 343s)

Forme extraordinaire

Mardi 24 Mars

Mardi de la Passion

En ces jours-là, les Babyloniens se rassemblèrent chez le roi et lui dirent : « Livre-nous Daniel, qui a détruit Bel et tué le dragon : sinon nous te ferons mourir, toi et ta maison. »

Le roi vit donc qu’ils le pressaient avec violence, et, contraint par la nécessité, il leur livra Daniel.
Ils le jetèrent dans la fosse aux lions, et il y demeura six jours.
Dans la fosse, il y avait sept lions, et on leur donnait chaque jour deux corps et deux brebis ; mais alors on ne leur en donna pas, afin qu’ils dévorassent Daniel.
Or le prophète Habacuc se trouvait en Judée ; il avait fait cuire une bouillie et y avait trempé du pain, et il allait aux champs pour la porter aux moissonneurs.
Un ange du Seigneur dit à Habacuc : « Porte le repas que tu tiens, à Babylone, à Daniel qui se trouve dans la fosse aux lions. »
Habacuc dit : « Seigneur, je n’ai jamais vu Babylone, et je ne connais pas cette fosse. »
Alors l’ange le prit par le sommet de la tête et le transporta par les cheveux, avec la rapidité d’un esprit, jusqu’à Babylone, au-dessus de la fosse aux lions.
Habacuc s’exclama en disant : « Daniel, serviteur de Dieu, prends le repas que Dieu t’envoie. »
Daniel répondit : « Vous vous êtes souvenu de moi, ô mon Dieu, et vous n’avez pas abandonné ceux qui vous aiment. »
Daniel se leva et mangea. L’ange du Seigneur reporta aussitôt Habacuc en son lieu.
Le septième jour, le roi vint pour pleurer Daniel ; il s’approcha de la fosse et, ayant regardé à l’intérieur, il vit Daniel assis au milieu des lions.
Il dit alors à haute voix : « Vous êtes grand, Seigneur, Dieu de Daniel. » Et il le retira de la fosse aux lions.
Puis il y fit jeter ceux qui avaient voulu le perdre, et ils furent dévorés sous ses yeux en un instant. Alors le roi dit :
« Que tous les habitants de la terre craignent le Dieu de Daniel, car c’est lui qui est le sauveur, qui fait des signes et des prodiges sur la terre, qui a délivré Daniel de la fosse aux lions. »

En ce temps-là, Jésus parcourait la Galilée : en effet, il ne voulait pas demeurer en Judée, car les Juifs cherchaient à le faire mourir.
Or la fête des Juifs, celle des Tabernacles, était proche.
Ses frères lui dirent : « Pars d’ici, et va en Judée, afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais.
Personne ne fait une chose en secret, lorsqu’il désire qu’elle paraisse ; si tu fais ces choses, manifeste-toi au monde. »
Car ses frères mêmes ne croyaient pas en lui.
Jésus leur dit : « Mon temps n’est pas encore venu ; mais votre temps est toujours prêt.
Le monde ne peut vous haïr ; mais moi, il me hait, parce que je rends de lui le témoignage que ses œuvres sont mauvaises.
Montez, vous, à cette fête ; pour moi, je n’y monte pas, parce que mon temps n’est pas encore accompli. »
Après leur avoir dit cela, il resta en Galilée.
Mais lorsque ses frères furent partis, il monta aussi lui-même à la fête, non publiquement, mais pour ainsi dire en cachette.
Pendant la fête, les Juifs le cherchaient et disaient : « Où est-il ? »
Il y avait dans la foule un grand murmure à cause de lui. Les uns disaient : « C’est un homme de bien. » D’autres disaient : « Non, il séduit la foule. »
Cependant, personne ne parlait ouvertement de lui, par crainte des Juifs.

Saint Jean de la Croix (1542-1591)
Carme, docteur de l'Église
« On cherchait à l'arrêter, mais personne ne mit la main sur lui »
Où t'es-tu caché, Bien-Aimé,
Me laissant toute gémissante ?
Comme le cerf tu t'es enfui,
M'ayant blessée ; mais à ta suite,
En criant, je sortis. Hélas, vaine poursuite !

« Où t'es-tu caché ? » C'est comme si l'âme disait : « Verbe, mon Époux, montre-moi le lieu de ta retraite. » Ce qui équivaut à lui demander la manifestation de sa divine essence, car « le lieu de la retraite du Fils de Dieu », nous dit saint Jean, « c'est le sein du Père » (Jn 1,18), ou en d'autres termes, c'est la divine essence, invisible à tout regard mortel, impénétrable à tout entendement humain. Isaïe, s'adressant à Dieu, lui dit : « Vraiment tu es un Dieu caché » (Is 45,15).

C'est pourquoi, remarquons-le bien, si intimes que soient les communications, si sublime que puisse être la connaissance qu'une âme reçoit de Dieu en cette vie, ce qu'elle perçoit n'est pas l'essence de Dieu et n'a rien de commun avec lui. En réalité, Dieu reste toujours caché à notre âme. Quelles que soient les merveilles qui lui sont dévoilées, elle doit toujours le regarder comme caché et le chercher dans sa retraite, en disant : « Où t'es-tu caché ? » En effet, ni la communication sublime, ni la présence sensible, n'est un signe assuré de la favorable présence de Dieu dans une âme, pas plus que la sécheresse et la privation de toute faveur de ce genre n'est un indice de son absence. C'est ce que nous dit le prophète Job : « S'il vient à moi, je ne le verrai pas, et s'il se retire, je ne m'en apercevrai pas » (Jb 9,11).

De cela nous devons tirer l'enseignement suivant. Une âme est-elle favorisée de hautes communications, de connaissances et de sentiments spirituels, elle ne doit nullement se persuader qu'elle possède Dieu ou qu'elle en a la vue claire et essentielle, ni qu'à cause de ces dons elle a Dieu davantage ou a pénétré plus avant en lui. De même, toutes ces communications sensibles et spirituelles viennent-elles à lui manquer, la laissant dans l'aridité, les ténèbres et l'abandon, elle ne doit nullement penser que dans cet état Dieu lui manque... Le but principal de l'âme dans ce vers du poème n'est donc pas de demander la dévotion affectueuse et sensible, qui ne donne ni certitude ni évidence de la possession de l'Époux en cette vie : elle réclame la présence et la claire vision de son essence, dont elle veut jouir d'une manière assurée dans l'autre vie.
Le Cantique spirituel, strophe 1 (trad. OC, Cerf 1990, p. 1218)
Les saints du jour