Introduction au Rosaire
Les mystères
- Mystères Joyeux (lundi et samedi)
- L’Annonciation
- La Visitation
- La Nativité
- La Présentation au Temple
- Le Recouvrement de Jésus au Temple
- Mystères Douloureux (mardi et vendredi)
- L’Agonie au Jardin
- La Flagellation
- Le Couronnement d’épines
- Le Portement de Croix
- La Crucifixion et la Mort de Jésus
- Mystères Glorieux (mercredi et dimanche)
- La Résurrection
- L’Ascension
- La Pentecôte
- L’Assomption
- Le Couronnement de Marie
- Mystères Lumineux (jeudi)
- Le Baptême au Jourdain
- Les Noces de Cana
- L’Annonce du Royaume
- La Transfiguration
- L’Institution de l’Eucharistie

Introduction
Histoire du Rosaire
Le Rosaire plonge ses racines dès la fin du 1ᵉʳ siècle et au cours du 2ᵉ siècle. La piété populaire associe la Vierge Marie au nom de Jésus par la salutation de l’archange Gabriel – Je vous salue Marie –. Cette salutation devient une prière répétée, car durant les persécutions (jusqu’à l’Édit de Constantin en 313), il était d’usage d’honorer les vierges martyres d’une couronne de dix roses blanches symbolisant leur pureté. Le peuple de Dieu prit alors l’habitude de réciter dix fois la salutation angélique pour honorer la sainte qui, comme une rose, ornait la couronne de Marie.Au 3ᵉ siècle, la salutation de l'archange Gabriel s’impose, elle se généralise.À l’initiative de sainte Gertrude la Grande, que la seconde partie de la prière apparaît au XIIIᵉ siècle et selon d’autres sources, la dévotion populaire ajoute l’invocation : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni est le fruit de ton ventre, Jésus ». C’est la première version de l’« Ave Maria » tel que nous le connaissons.En Prusse, un prieur de la chartreuse de Trêves conseille à un novice prénommé Dominique de réciter chaque jour cinquante Ave Maria en méditant sur la vie de Jésus. Ce novice rédige 50 brèves méditations, puis un peu plus tard, il compose trois fois cinquante méditations, s'inspirant des 150 psaumes d’abord en latin, puis en allemand. Son prieur fait connaître cette méditation à tout l'ordre qui se répandra à toute l’Eglise.Le bienheureux Alain de la Roche († 1475), dominicain, diffuse le Rosaire à travers l’Europe occidentale. Il en devient le véritable apôtre. Il structure la prière en mystères (joyeux, douloureux, glorieux) et popularise la méditation de la vie du Christ et de Marie par ce moyen. Il attribue, par erreur, l’invention du Rosaire à saint Dominique de Guzmán († 1221), fondateur de son ordre. Cette tradition, bien que légendaire sera longtemps défendue par les dominicains. Historiquement, saint Dominique a certainement promu la dévotion mariale et la récitation fréquente de l’Ave Maria – prière conseillée par la Sainte Vierge Marie lors de son découragement dans les disputes qui l’opposaient aux Albigeois ou Cathares –. Cependant, la forme complète et organisée du Rosaire est postérieure d’environ deux siècles. Quant à la conclusion actuelle de l’Ave Maria : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort », elle apparaîtra au XVIᵉ siècle et sera officiellement fixée par saint Pie V en 1568 dans le bréviaire romain.
L’Église regroupe les 150 Ave en quinze dizaines, chacune introduite par un Pater Noster et méditée à la lumière d’un mystère de la vie du Christ. C’est alors qu’est organisé le Rosaire : le mot « rosaire » désignait à l’origine ces quinze dizaines (joyeuses, douloureuses et glorieuses). Aujourd’hui, depuis 2002, il en compte vingt. Le terme « chapelet » désigne cinq mystères.
Loin d’affaiblir la tradition, les mystères lumineux l’accomplissent. Ils illuminent la vie publique du Christ – du Baptême au Jourdain jusqu’à l’institution de l’Eucharistie – et ils nous plongent plus profondément dans le mystère de la Rédemption. Ils sont les fruits de la réflexion du pape saint Jean-Paul II, qui disait du concile Vatican II qu’il était la dernière Cène.
Ces mystères lumineux, en nous enracinant profondément dans la vie de Jésus, nous fortifient quand les épreuves dues à la justice divine se produiront – la purification et la réparation universelle. En effet, le Père éternel nous demandera compte de l’usage des grâces que son Fils nous a acquises. Ces mystères médités permettent à Marie de nous entraîner vigoureusement dans la résistance spirituelle – une résistance sans concession face au dragon, mais ordonnée à la vérité et à la charité.
La puissance de cette prière est telle qu’elle élargit la communion fraternelle à tous ceux qui, partout dans le monde, luttent pour le respect de la loi naturelle – du paradigme divin – et la dignité de l’homme. Ils nous associent de plein pied à la victoire du Christ Rédempteur, dont Marie est la première et la plus parfaite collaboratrice. Refuser les mystères lumineux, c’est se priver et priver l’Église de grâces singulières que le Saint-Esprit a voulu nous donner en ce temps précis de l’histoire1.
Le Rosaire et la doctrine catholique
Le Rosaire contient l’intégralité de la doctrine catholique. Il est une arme efficiente contre les tentations et les forces du mal. Le réciter – à voix haute ou dans le silence du cœur – constitue un véritable exorcisme surtout s’il est possible de le réciter de nuit. Le priant adhère alors à la Vérité vivante et combat l’erreur et le mensonge. Le Rosaire est l'école de la pauvreté d'esprit et de cœur. Il est une voie royale de contemplation introduisant le priant au plus intime du mystère chrétien et le plonge dans le sanctuaire des trois Cœurs unis de Jésus, de Marie et de Joseph. Il est un canal de grâces : de même que le sang irrigue sans cesse le corps et lui donne vie, ainsi la récitation du Rosaire fait circuler en nous le flux incessant de la communion surnaturelle. Toutefois, il ne saurait remplacer les sacrements,
La Vierge Marie ne cesse, à travers les siècles, d'insister sur l’importance de réciter le rosaire, car c’est à elle que revient la mission de préparer le peuple fidèle à l’affrontement, et de le mener à la victoire qui ouvrira au Monde Nouveau. En le récitant et en méditant chaque mystère, nous collaborons à son triomphe. Entre le 17 avril et le 24 mai 1963, elle confie à sœur Élisabeth Kindelmann, en Hongrie, un don particulier : la Flamme d'Amour de son Cœur Immaculé. Elle demande que l’on introduise cette invocation dans l'Ave Maria : « Je vous salue Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni. Sainte Marie Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs ; répandez l'effet de grâce de la Flamme d'Amour de votre Cœur Immaculé sur toute l'humanité, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen. » (Cette prière à la dévotion de la Flamme d’Amour a reçu l’approbation ecclésiastique, notamment par le cardinal Péter Erdő, archevêque de Budapest, et porte des promesses extraordinaires de Jésus et de Marie. Elle fut approuvée par le Saint-Siège) . Cette adjonction, voulue par le Ciel, aveugle Satan, protège des erreurs du modernisme qui se prolongent. Elle obtient le soulagement et la délivrance rapide des âmes du Purgatoire. Obéir à la Mère de Dieu, c’est hâter son triomphe définitif sur le dragon infernal et honorer la Très Sainte Trinité.
Enseignements des papes sur le Rosaire
Léon XIII :
« Le Rosaire a ceci de particulier : il a été institué surtout pour implorer le patronage de la mère de Dieu contre les ennemis du nom chrétien. À cet égard, personne n’ignore que souvent il a contribué grandement à soulager les maux de l’Église ».
Pie XII :
« Nous n’hésitons pas à répéter que nous plaçons grandement notre confiance dans le Rosaire pour guérir les maux qui affligent notre époque. Ce n’est pas par la force des armes, ni par le pouvoir humain mais par le secours divin obtenu par cette prière que l’Église, forte comme David avec sa seule fronde, pourra affronter avec intrépidité l’ennemi infernal ».
Jean XXIII :
« Qu’il soit béni le Rosaire ! Quelle douceur de le voir brandi par les mains des innocents, des saints prêtres, des âmes pures, des jeunes et des vieux et de tous ceux qui apprécient la valeur et l’efficacité de la prière ! Il est brandi par des foules pieuses et innombrables, comme un emblème et un signe de paix dans les cœurs et parmi les nations ».
Paul VI :
« Le Rosaire est une forme de prière très adaptée aux sentiments du peuple de Dieu, très agréable à la mère du Seigneur et très efficace pour obtenir les dons de Dieu. Sans la contemplation des mystères, le Rosaire est un corps sans âme et sa récitation court le danger de devenir une répétition mécanique de formules ».
Jean-Paul II :
« Le Rosaire est ma prière préférée. Prière merveilleuse ! Merveilleuse dans sa simplicité et sa profondeur. Dans cette prière, nous répétons les paroles que la Vierge Marie a entendues de la bouche de l’Archange et de la bouche de sa cousine Élisabeth. Toute l’Église s’associe à ces paroles ».
Le credo
Le Credo est le résumé de la foi catholique. Il accomplit et dépasse la grande prière du peuple juif : "Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur… » (Dt 6, 4). Dès l’instant où le fidèle prononce : « Je crois. », il entre dans l’intention de Dieu, soit dans la divine Volonté. « Je crois » n’est pas une simple formule. C’est une parole en acte. Le fidèle confesse sa foi. Il engage tout son être – corps, âme, esprit – dans la vérité. Vérité qui l’habite pleinement, il la possède et en est possédé depuis le baptême. Elle est déjà présente en lui à l’instant de son animation. En disant « Je croix », il adhère à la Révélation transmise depuis Moïse au dernier des Apôtres, et que l'Église catholique et romaine enseigne infailliblement. Comme l’enseigne le Catéchisme : « Par la foi l’homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être l’homme donne son assentiment à Dieu révélateur. l’Écriture Sainte appelle « obéissance de la foi » cette réponse de l’homme au Dieu qui révèle. » (CEC 142). Quand le fidèle récite le Credo, il s’ouvre à la méditation du Rosaire. Il s’enracine dans la plénitude de la Révélation qui commence par Moïse et s’achève avec le dernier Apôtre. Par cet acte de foi, il se relie à la longue chaîne des croyants, d’Adam et Ève aux patriarches, des prophètes aux martyrs, de tous ceux qui en répondant « oui » à Dieu, ont attiré sur eux-mêmes et sur leur descendance les grâces de salut. Le fidèle entre en communion profonde avec l’Église tout entière : l’Église militante sur la terre, l’Église souffrante au purgatoire, l’Église triomphante. De l’intérieur de la memoria Dei – 1er puissance de l’âme –, il porte, avec ses frères dans la foi, tous les hommes et femmes – même ceux qui cherchent encore sans le savoir, même ceux qui suivent obscurément la loi naturelle gravée dans leur conscience. Il devient ainsi la voix de Jésus-Christ qui peut dire en lui : « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12, 32). Le Credo est si puissant qu’il est en lui-même un exorcisme, le réciter est un sacramental. Le fidèle qui le récite met en fuite les démons, puisqu’il confesse la vérité.
Le Notre Père
À partir du commentaire de saint Cassien 2
Le Notre Père est la prière que Jésus lui-même a enseignée à ses Apôtres lorsqu’ils lui ont demandé : « Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean lui-même l’a enseigné à ses disciples. » (Lc 11,1) Jésus résume une plus ancienne, sans doute née pendant l’exil à Babylone et maintenue dans certains groupes de fidèles. Elle était probablement récitée par les Es-séniens 3 - un courant mystique, attentif à la venue du Messie où figuraient les parents de saint Jean le Baptiste, saint Joseph, Joachim et Anne ainsi que d'autres membres du « petit reste » d’Israël. Un noyau de fidèles qui incarnait la résistance spirituelle authentique et attendait le Messie. Jésus met l'accent sur l'un des fruits effectifs du sacrement du baptême : Dieu est Père. Il nous adopte par son Fils unique. Grâce aux mérites que le Christ Jésus nous a acquis par sa vie, sa Passion, sa Résurrection, ceux qui croient en Lui et invoquent Dieu en l’appelant « Père » sur Terre sont juridiquement ses enfants. C’est pourquoi il est lié organiquement au sacrement du baptême : il nous fait vivre de la liberté de Dieu Lui-même, parce que ses enfants adoptifs, liberté d’enfant de Dieu ; si nous restons fidèles à la grâce baptismale, nous héritons du Royaume des Cieux et de la Gloire divine dès ici bas (de droit) et pleinement dans l’éternité ; nous sommes destinés à voir Dieu tel qu'Il est, face à face, dans la vision béatifique.
Chaque fois que nous récitons le Notre Père : nous faisons mémoire que nous avons un Créateur et Père qui nous aime d'un amour infiniment plus grand que celui d’un père terrestre pour son enfant ; nous réaffirmons notre filiation divine surnaturelle ; nous nous engageons à correspondre à cette dignité par notre foi et nos œuvres.
Seuls les baptisés ont le droit et le devoir de se proclamer enfants de Dieu le Père, de Dieu Trine. Le baptême confère effectivement la filiation adoptive divine (c’est un dogme : Regeneratio spiritualis per baptismum fit adoptio filiorum Dei – voir Catéchisme de Trente, CCC 1265-1266, 1992).
Cependant, cette filiation est non-plénière chez les baptisés non catholiques – ou chez les catholiques en état de péché mortel – parce qu’ils n’ont pas la capacité de recevoir, d’accueillir avec fruits la plénitudes des grâces sanctifiantes ; l’unité au successeur de Pierre est indispensable ; ainsi que la plénitude de la foi transmise par le magistère vivant ; l’accès plénier aux sacrements – surtout Eucharistique et Pénitence dans leur forme ordinaire –. Le fait de ne pas être dans une communion plénière à saint Pierre et à ses successeurs empêche la pleine efficience des grâces baptismales. Cette position est défendue par des auteurs comme : saint Robert Bellarmin4 ; le pape Pie XII dit que ceux qui sont séparés de l’unité visible de l’Église ne sont pas « membres » au sein plénier5 – ici, le pape engage l’infaillibilité ordinaire, ne faisant que reprendre les enseignements de ses prédécesseurs, eux aussi infaillibles ce qui ne peut être remis en cause.
Cependant, le magistère depuis le concile Vatican II, dans un souci pastoral évident, au vu de la situation objective de l’humanité, a nuancé la doctrine initiale sans pour autant la contredire sur le fond : « l’enseignement du magistère post conciliaire se résume à : Tous les baptisés sont enfants de Dieu par adoption ; les catholiques jouissent cependant de la plénitude des moyens pour vivre et grandir dans cette filiation (sacrement de confirmation, eucharistie régulière, magistère infaillible, etc.), ce qui rend leur situation objectivement plus favorable, mais ne supprime pas la filiation divine réelle chez les autres. » Toutefois, la responsabilité du catholique est de fait bien plus grande, puisqu’il a tous les moyens de son salut et celui des autres : saint Jean-Paul II et Benoît XVI ont répété que les autres chrétiens sont vraiment frères dans le Christ et que le baptême est le fondement sacramentel d’une filiation divine réelle6. Pour autant, ils sont orphelins de l’Église.
« Notre père… »
Quand Jésus enseigne la prière du « Notre Père », Il commence par révéler la première Personne de la Très Sainte Trinité : Dieu est Père. Les Apôtres, tous juifs, savent qu’il n'y a qu'un seul Dieu – le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob –, à ce moment-là, ils ne comprennent pas que le Dieu unique de leurs pères est en trois Personnes : Père, Fils et Saint-Esprit. Pourtant, dès l’Ancien Testament, lors des grandes fêtes, dans le Temple, le Grand Prêtre, les mains levées sur le peuple, prononçait la bénédiction sacerdotale7 trois fois de suite : « Que le Seigneur te bénisse et qu’il te garde. Que le Seigneur tourne son visage vers toi, et te donne la paix ». Trois fois le Nom ineffable, trois invocations distinctes pour un seul et même Dieu.
Vers le deuxième siècle avant Jésus-Christ, l’oubli de la nature trinitaire de Dieu a été dû aux dérives théologiques des responsables du Temple, à la multiplication de sectes juives, et ce, malgré l’héroïsme de leurs pères martyrs. Le sens profond du Tétragramme – ce Nom qui dit déjà quelque chose de la vie intérieure de Dieu – tombe dans l’oubli sauf pour le petit reste attaché à la haute tradition de leurs pères. Dieu préparait son peuple à une révélation plus grande : il voulait la purification des fidèles, ce petit reste, disposé à reconnaître, en Jésus de Nazareth, le Fils bien-aimé du Père. Dieu le Père est la Cause Première de la création et donc de la vie. Il est celui qui pense la création dans son Présent immobile. Il la tient dans l’être à chaque instant. S'il cessait de la penser, soit cessait de la vouloir, elle disparaîtrait instantanément. Toutefois, Dieu ne retire jamais son don, puisque par justice et par miséricorde, Il respecte la liberté de ses créatures : ceux qui le refusent entrent dans les ténèbres perpétuelles – l'enfer – qu’ils se sont choisies ; ceux qui l’accueillent sont transfigurés par sa lumière : il est Père, parce qu'Il pourvoit à tout par sa divine Providence ; il est Père, parce qu’Il a livré son Fils unique pour satisfaire sa justice ; il est Père, parce qu'Il languit de nous voir habiter sa Maison.
Sainte Hildegarde de Bingen l’exprime magnifiquement : « […], par l'intermédiaire d'un Verbe qui est hors de l'espace, qui, à cause de la vie inextinguible dont il vit dans l'éternité, n'est pas transitoire, on connaît en vérité la puissance du Père, puisque les diverses créatures du monde, telles qu'elles ont été créées, le perçoivent et le comprennent ; alors, tout comme on reconnaît la puissance et la grandeur de l'homme à sa parole située dans l'espace, de même, par la plénitude du Verbe, resplendissent la sainteté et la bonté du Père8. »
Saint Jean Cassien commente : « Nous confessons de notre propre bouche que le Dieu et Seigneur de l'univers est notre Père ; et c'est bien là faire profession d'avoir été appelés de la condition servile à celle de fils adoptifs. »
En récitant le Notre Père par « Notre Père », Jésus nous fait entrer dès le premier mot dans la vérité la plus bouleversante du christianisme : Dieu n’est pas seulement le Tout-Puissant ou le Très-Haut ; Il est mon Père, notre Père.
« Qui est aux cieux… »
En proclamant que Dieu le Père est dans les cieux, nous confessons qu'Il est le Dieu unique, transcendant, infiniment au-dessus de toute créature. Il ne saurait être confondu avec les idoles, ces simulacres mensongers façonnés par des mains humaines dans les ténèbres de l’ignorance et du péché : images trompeuses d’anges déchus, projections d’un cœur éloigné de la vie divine. Il n’est pas un dieu au-dessus de tous les dieux, nous ne Lui rendons pas un culte monolâtre. Soyons vigilants. Nos sociétés contemporaines multiplient les idoles nouvelles, plus subtiles et séduisantes. Elles ne portent plus le visage grotesque des anciens Baal ou des veaux d’or ; elles s’appellent succès, argent, plaisir, pouvoir, technologie, idéologie, ego, "talmudisme pseudo-chrétien", etc. Le monde les adore. Il lui consacre son temps, sa foi, son ego, son espérance. Et, insensiblement, ces idoles nous arrachent à Dieu, nous exilent de la patrie véritable.
Saint Cassien commente : « Le temps de notre vie n'est plus dès lors qu'un exil ; et cette Terre, une Terre étrangère qui nous sépare de notre Père. […] hâtons-nous vers la région où nous proclamons que réside notre Père. Que rien dans notre conduite, […] ne nous prive, comme des fils dégénérés, de son héritage, et ne nous fasse encourir sa colère et les sévérités de sa justice. »
« Que ton nom soit sanctifié… »
Lorsque nous nous tournons vers notre père et notre mère selon la chair, nous les appelons par leur titre de noblesse et de mission : « Papa » et « Maman ». Ces deux syllabes toutes simples nous découvrent le mystère dont ils ont été les instruments : nous donner la vie. Nous exprimons notre gratitude pour ce don et le don d’eux-mêmes. Nous manifestons notre respect filial. Nous sanctifions leur nom – ce nom de « père » et de « mère » – parce que, en les appelant ainsi, nous reconnaissons la place légitime qu’ils occupent dans le paradigme divin. En disant « Papa » et « Maman » avec amour et vérité, nous leur retournons, comme en écho, le don qu’ils nous ont fait : nous leur redonnons leur propre dignité de parents, nous consacrons le lien sacré qui nous unit à eux… et, à travers eux, nous apprenons déjà à sanctifier le Nom par excellence : celui du Père qui est aux cieux. Ainsi, le « Notre Père » commence chez nous, dans la maison, avant même d’être prononcé à l’église. En honorant nos parents, nous honorons Dieu le Père, car le principe de toute paternité et maternité est en Dieu, Père à la paternité incréée, dont le premier fruit est le Verbe, son Fils unique, engendré avant tous les siècles et non pas créé. Selon une analogie divine, le Dieu Un, le Dieu unique est, tout à la fois, « Père et Mère » de son Fils unique.
Saint Cassien commente : « Une fois parvenus à cette dignité d'enfants de Dieu – par le sacrement du baptême – […] et, sans plus songer à nos intérêts, nous n'aurons de passion que pour la gloire de notre Père. « Que ton nom soit sanctifié », témoignant par-là que sa gloire est tout notre désir et toute notre joie. » « Ces paroles » Que ton nom soit sanctifié » pourraient très bien s'entendre aussi en ce sens que Dieu est sanctifié par notre recherche de perfection. […] C'est ce qui s'accomplit en nous, lorsque les hommes voient nos bonnes œuvres et glorifient notre Père qui est aux cieux (Mt. 5, 16) ».
« Que ton règne arrive… »
Le verbe « régner » vient de *reg- racine indo-européenne, qui signifie « diriger en droite ligne, selon le droit, la justice ». Quand nous demandons « Que ton règne arrive », nous implorons la justice même de Dieu afin que l'homme blessé par le mal et dominé par lui soit libéré. Cependant, avant de réclamer ce règne comme une formule magique qui résoudrait d’un coup tous nos désordres, ne devrions-nous pas d’abord supplier que ce règne s’établisse au plus profond de nous-mêmes ? La conversion intérieure est la condition préalable au règne effectif du Bien souverain sur toute la création. D’autant que Dieu nous a créés libres. Nous sommes doués de mémoire, d’intelligence et de volonté, donc capables de choisir entre le bien ou le mal. Oui, c'est bien son Fils qui est la cause instrumentale et mémoire avec le Père de notre salut, qui veut que nous collaborions à notre propre salut et à celui de notre prochain avec l’aide de Dieu l’Esprit Saint par Marie. Le concept biblique du « Dieu-Roi » – dominant les nations politiquement – est totalement hérétique. Le Royaume de Dieu est spirituel et surnaturel. S’il doit un jour s’établir visiblement sur la terre des hommes, ce ne sera que pour une période transitoire, en vue de préparer le retour du Fils de l’Homme venant sur la nuée. Ce règne divin ne s’impose pas par la contrainte : il appelle la collaboration libre de l’homme racheté et régénéré. Dieu veut régner avec nous et en nous. Si l’homme sauvé se détourne volontairement de cet appel, s’il rejette la grâce qui lui est offerte, il se livrera lui-même au règne des ténèbres et à la domination du prince de ce monde.
Saint Cassien commente : « […], l'âme très pure […] peut viser par-là d'abord le règne inauguré chaque jour par le Christ dans l'âme des saints. » Si l'âme s'efforce de vivre des vertus théologales et cardinales, elle tient le tentateur loin d'elle et : « Dieu entre chez nous en souverain, en même temps que s’y répand la bonne odeur des vertus. […] l'âme tient ses regards ardemment fixés sur cet heureux terme, pleine de désir et d'attente, et elle s'écrie ! « Que ton règne arrive ! » elle sait bien, car sa conscience lui en rend témoignage, que, dès qu'il aura paru, elle entrera en partage de ce royaume. »
« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel… »
La volonté est la troisième puissance de l'âme – spirituel agent ou volonté d’amour –. Elle est un attribut divin. Au moment même où Dieu crée l'âme – lors de l'animation au premier génome –, l'homme reçoit de Dieu les trois puissances ou attributs qui le configurent à sa ressemblance : la memoria Dei, l'intellect agent et le spirituel agent. Ces trois puissances configurent l'homme à la ressemblance trinitaire de Dieu Un, car elles sont de sa substance divine, tandis que le corps physique est à l'image exemplaire du corps pensé par Dieu le Père en vue de l'Incarnation du Verbe. La volonté est le trait spécifique et singulier qui distingue l'homme du reste de la création. Il n’est pas issu d’une évolution animale, il est créé indépendamment de tout le vivant qui le précède. Il n’est pas le fruit d’une évolution. Aussi, sauf en cas de handicap, chacun possède en lui le pouvoir dit « les possibles » d'user de sa raison, en s’appuyant sur la conjonction des trois puissances, pour décider de la qualité morale et spirituelle de ses actes. Trois étapes de la volonté divine se distinguent : la volonté créatrice, qui tire du néant toutes choses ; la volonté rédemptrice, qui restaure l’homme déchu par la puissance de la Croix ; la volonté justicière, qui jugera les nations et, à la fin des temps, chaque âme. L’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu a en lui le même triple mouvement : la volonté de faire (fabriquer, honorer Dieu par le travail) ; la volonté de la justice (dire et vivre la vérité) ; la volonté d'aimer (Dieu et son prochain comme lui-même). Prier Dieu le Père pour « que sa volonté s'établisse sur la Terre à l'exemple du ciel », c'est renouveler la demande de son règne ; c'est lui demander que tout le genre humain soit, de fait, conformé à sa ressemblance : saint.
Oui, c'est bien là la volonté de Dieu, mais encore une fois, cela ne se fera qu'avec la collaboration des hommes justifiés par la foi et les œuvres. Dieu veut que nous mettions notre liberté au service de sa Gloire, que nous la lui remettions tous les jours entre ses mains. Faire la volonté de Dieu exige que nous agissions unis au Christ Jésus dans l’Esprit-Saint avec Marie. Il nous faut demander la grâce de l'obéissance, la sienne ; nous ne pouvons faire la volonté de Dieu le Père que de l'intérieur de l'obéissance de son Fils : […] « je suis venu faire ta volonté. » Ces paroles, que l'Apôtre saint Paul met dans la bouche de Jésus, nous les faisons nôtres, car c'est là l'unique voie ou chemin pour le vrai fidèle. Faire la volonté du Père est l'affirmation de notre filiation surnaturelle, à l’exemple de saint Joseph et de la sainte Vierge Marie qui est notre Mère d’adoption dès le baptême. Oui, nous sommes enfants de Dieu.
Saint Cassien commente : « – Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » –, n'est-ce point autant que si l'on demandait que les hommes soient semblables aux anges, et que, comme ces esprits bienheureux font au ciel la volonté divine, ainsi que les hommes l'accomplissent sur la terre, et non point la leur ? »
« Que ton nom soit sanctifié... »
Le nom de Dieu, s’il se connaît d’abord par la foi, demande à ce que chaque serviteur du Très-Haut obtienne la grâce d’entrer en son mystère, et ceux qui en ont reçu les capacités intellectuelles ne peuvent se détourner de le servir de l’intérieur de sa grâce sans en connaître alors la disgrâce éternelle. Les trois Puissances que notre âme accueille nous obligent à la recherche substantielle de la vérité. Le Seigneur depuis sa Révélation faite à Moïse, ne cesse de nous dire qui Il est. C’est par Moïse que nous connaissons le Nom béni de Dieu9. C’est avec Abraham que l’échange entre Dieu commença. Il se poursuivit avec les justifiés dans la foi et l’espérance de la Promesse, et s’ouvrit et s’accomplit en Jésus-Christ, son Verbe fait homme. Il sera suspendu à la satisfaction de sa justice. Sanctifier le Nom du Seigneur, c’est lui rendre le don que nous sommes par la perfection de sa main.
Saint Cassien commente : « On ne peut entendre aussi cette demande en ce sens que la volonté de Dieu est que tous soient sauvés, selon la parole bien connue de saint Paul : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, et qu'ils viennent à la connaissance de la vérité. À Isaïe, Dieu lui fait savoir : Ma volonté se fera tout entière. Ce qui revient à formuler cette demande de cette manière : "Comme ceux qui sont dans le ciel, que tous ceux qui sont sur la terre, ô Père soient sauvés par la connaissance de ton nom ! »
« Donne-nous notre pain quotidien… »
Là où Dieu est honoré et son Nom béni est invoqué, le pain ne manque pas. Dieu ne retire pas Sa bénédiction à ceux qui le craignent. Les famines sont le résultat de l’accumulation de nos fautes individuelles, et aujourd'hui, elles s'accumulent dangereusement, car elles ne sont plus guère confessées ; le sens du péché se perd, et l’homme et sa société se lèvent contre la face divine de Celui qui nous sauve. Tout homme a le droit de se nourrir et le devoir de gagner le pain par son travail. Le scandale de la famine n’est pas la famine en elle-même, car tout est grâce. Le scandale vient de ce que l’affamé soit réduit à voler. Le scandale est que le travail honnête ne suffit plus à nourrir sa famille et que la justice jette en prison une mère qui vole une baguette pour ses enfants. Alors que les casseurs, les pilleurs, les voleurs, les violeurs, les incestueux, les tueurs en col blanc sont laissés en liberté. Cette injustice-là hurle jusqu’au trône de Dieu. Les fils des ténèbres effacent le sourire de l'innocent et les larmes du vieillard, du malade, de l’handicapé, ils cachent la mort alors qu’ils vivent d’elle de mille façons. Entendons-nous la justice divine gronder et emplir le silence de Jésus face à Ponce Pilate quand il lui pose la question : « Qu'est-ce que la vérité ? » Cependant, le pain quotidien ne se résume pas à la substance physique, comme l'annonce avec une pédagogie étonnante, merveilleuse, la manne tombée du ciel, pour subvenir aux besoins des Hébreux pérégrinant dans le désert. Elle annonçait le Pain de Vie.
Soucions-nous de servir la Gloire de Dieu. Soucions-nous d'honorer son Nom béni. Dieu se souciera de nos besoins réels, et nous entendrons et répondrons à l’appel de sa miséricorde. Une attitude qui demande un effort de tempérance, d'ascèse, de modestie, y compris – et peut-être surtout – dans nos achats, dans nos habitudes de consommation, car le premier nécessaire est le Pain de Vie :
Saint Cassien commente : « Nous ajoutons : Donne-nous aujourd'hui notre pain supersubstantiel – épiousion –, et, selon un autre évangéliste ; notre pain quotidien. Le premier qualificatif exprime sa noblesse et le caractère de sa substance, qui l'élèvent au-dessus de toute substance, et font qu'il dépasse par sa sublime grandeur et sainteté toutes créatures. Le second exprime l'usage qu'il en faut faire et son utilité : le mot quotidien montre que sans ce pain, nous ne pouvons vivre un seul jour de la vie spirituelle. […] Mais – aujourd'hui – peut s'entendre également de la vie présente. – Tandis que nous sommes dans ce monde, donne-nous ce pain. Nous savons que tu le donneras aussi dans le monde à venir à ceux qui l'auront mérité. Mais nous te prions de nous l'accorder aujourd'hui, parce que celui qui ne l'aura pas reçu en cette vie, ne saurait y avoir part dans l'autre.»
« Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés… »
Dieu veut que l'homme soit sauvé avec sa volonté. Tous les hommes baptisés sont sauvés en puissance, mais le salut exige de chacun : le mouvement libre du désir et de la volonté. Il demande l’obéissance aux Commandements, à sa Loi, mais cependant, Il propose le salut, il ne l'impose pas. L'homme est libre de se refuser à la Miséricorde divine, libre de rejeter le projet de vérité et d'amour qu’il est. Il doit intégrer que la miséricorde divine n’est pas un libre-service comme on a pu le croire sous l’évêque de Rome, François. Si Dieu le Père a accepté le sacrifice de son Fils pour nous accorder son pardon et nous adopter, comment pourrions-nous justifier notre refus de pardonner à nos offenseurs, et surtout celui de ne pas prier pour eux ? Accepter la miséricorde divine est la condition pour être admis à sa gloire ; pourquoi ne pas faire à nos ennemis ce que nous demandons à Dieu de faire pour nous ? Le « comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » n'est pas une formule mondaine, un style littéraire, une distraction de l'esprit. Ce que Dieu fait pour moi, ne dois-je pas le faire pour mon prochain – même s'il est mon ennemi ? Lui et moi ne sommes-nous pas faits à sa ressemblance et à son image, ne devrons-nous pas un jour répondre à sa justice de tous nos actes ?
Saint Cassien commente : Dieu "nous fournit l'occasion dans la prière même, et nous offre la facilité de le provoquer à rendre sur nous un jugement indulgent et miséricordieux ; il nous donne en quelque sorte le pouvoir d'adoucir nous-mêmes notre sentence et de le contraindre au pardon par l'exemple de notre propre indulgence, lorsque nous lui disons : "Pardonne-nous comme nous avons pardonné10." […] Il suit cependant que quiconque n'aura pas pardonné du fond du cœur les tors de son frère, n'obtiendra par cette prière que sa condamnation, au lieu de l'indulgence, puisqu'il lui demandera lui-même un jugement plus sévère, en disant : "pardonne-moi comme j'ai pardonné." […] "Un jugement sans miséricorde attend celui qui n'aura pas fait miséricorde." (Jac. 2, 13)
« Ne nous laisse pas entrer en tentation… »
La tentation a deux modes d'expression :
1er – Elle nous vient de l’extérieur et nous surprend. Un bel objet, une friandise, une pensée fugitive, etc. Elle nous atteint par son caractère inattendu. C'est un mode, disons passif. Nous ne l’avons pas recherchée.
2ème – Elle naît de l’intérieur, parce que nous ne nous en sommes pas corrigés, même si nous pratiquons le sacrement de confession ; la tentation vient alors de nous, puisque nous y consentons en amont d’elle. Nous la « consommons ». Nous engageons notre libre arbitre dans un mauvais vouloir. Notre péché est alors plus grave, quand bien même aurait-il la même forme et substance que le péché véniel, car là, il n'y a pas de surprise, nous y engageons notre consentement avant même qu’il nous tente. « Ne nous laisse pas entrer en tentation » n'est pas une formule magique, ni un ordre lancé à Dieu. C’est une supplique, afin qu'il veille à ce que le Malin, le Tentateur, ne nous surprenne et ne nous entraîne dans son espace de tentations dans lequel nous nous trouverions exposés. Dieu nous entend et nous exauce, car il ne veut pas que nous péchions. Si, toutefois, nous récitons cette demande alors que nous n'avons pas l'intention de changer nos habitudes peccamineuses, Dieu, par justice, peut nous laisser sous le joug du Tentateur, puisque, de notre plein gré, nous le fréquentons. La prière n'est pas de la magie, elle est conditionnée à notre bonne volonté et à la disposition de notre cœur. La bonté de Dieu n'est pas inconditionnelle, puisque nous sommes libres. Quand nous récitons le Notre Père, nous ne sommes pas en train de jouer aux billes ni à touche-pipi !
Il n'appartient à personne de porter un jugement sur le fort interne d’autrui, si ce n’est au confesseur – et encore, à la stricte condition que ses questions ne violent en rien la liberté du pénitent. Il existe toutefois, au plus profond de la conscience, un mécanisme intime, lié à la volonté et donc à notre conception de la liberté. Il peut nous amener à commettre un péché grave sans que sa gravité soit nécessairement perçue ni par le monde ni par le confesseur. Ce péché n’en demeure pas moins l'expression d'un effondrement intérieur dans le mal. C'est pourquoi il ne faut jamais négliger le moindre aveu, même s’il nous paraît mineur. Ce qui semble anodin peut être le levier de maux immenses et, à terme, nous entraîner inexorablement à la damnation. Les péchés graves et scandaleux ont presque toujours une racine plus profonde, apparemment vénielle, voire insignifiante. C'est pourtant sur cette racine que pèsera de tout son poids le démon, pour nous faire basculer dans son espace de tentations mortelles. C’est sans doute ce qui pourrait expliquer que, lors de sa visite de l’enfer avec Jésus, sainte Thérèse d’Avila y a vu un enfant de sept ans. Il aura suffi d’un geste anodin, mais chargé d’une intention contraire aux vertus théologales, pour qu’il n’ait pu choisir la miséricorde lors de sa mort.
Saint Cassien commente : « La demande suivante : « Ne nous (induit pas en tentation) laisse pas entrer en tentation », soulève un difficile problème. Si nous prions Dieu de ne pas permettre que nous soyons tentés, quelle preuve donnerons-nous de notre constance ? Car il est écrit : l'homme qui n'a pas été tenté n'a pas été éprouvé, et encore : heureux l'homme qui supporte la tentation. » […] Job a été tenté ; il n'a pas été induit en tentation ; car il n'a pas accusé la divine Sagesse, il n'est pas entré dans la voie de l'impiété et du blasphème, où le tentateur voulait l'entraîner. Abraham a été tenté ; Joseph a été tenté ; ni l'un ni l'autre n'a été induit en tentation, parce que ni l'un ni l'autre n'a donné son assentiment au tentateur. »
« Mais délivre-nous du mal… »
Dès l'instant où Adam et Ève cédèrent à la tentation de Lucifer, le mal est entré dans la création. Depuis lors, il ne cesse de vouloir la dominer, et surtout de dominer l'homme, son couronnement, sa cause finale naturelle. Le péché originel a fait éclater la communion entre l’homme et la création. Il l’a enseveli par des champs mémoriels inter-relationnels, chacun identifiable par la domination d’un péché mortel et le prince démon qui le suscite. Être délivré du mal est la demande la plus vitale et urgente du Notre Père. Elle est le cœur de toute la prière, elle donne le sens profond à toutes les demandes précédentes contenues en elle. En effet, sans la nature du péché originel, le Notre Père n’aurait jamais eu besoin d’être prononcé ni aucune supplique : l'homme aurait vécu dans une action de grâce perpétuelle en attendant son entrée dans l'éternité de gloire. Être délivré du mal est un travail de la grâce qui sollicite l'adhésion du sujet. C'est un travail intérieur, une œuvre commune de la grâce divine et de la liberté de l’homme. Elle exige que le priant ouvre son cœur à l’action transformante de Dieu. Cela suppose de remettre librement sa liberté entre les mains du Créateur – précisément cette liberté que nos premiers parents voulaient garder pour eux seuls, au prix de l’expulsion du Paradis et d’un effondrement cosmique. Être délivré du mal, c'est vivre dans l'espérance, et œuvrer à la venue du Royaume des Cieux dès cette vie terrestre, en attendant l'Assomption universelle et la glorification de toute la création. L'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie est l'annonce de cet événement conclusif du temps et de l’histoire :
Saint Cassien commente : "Notre-Seigneur encore a tracé pareillement, par la forme de sa supplication, le dessein de cet état, lorsqu'il se retira dans la solitude de la montagne, ou que, dans la prière silencieuse de son agonie, il répandait la sueur de sang, par un exemple inimitable d'ardeur intense."
Les trois Ave
Les trois Ave introduisent à la suite du Notre Père à l’intérieur des mystères médités, menducare, et chacun d’eux fait mémoire d’une Personne de la Très Sainte Trinité. L’Église nous dit : Marie est l’enseignante des mystères de son Fils qui sont ceux de notre salut, et la voie étroite de notre victoire. Prétendre que la dévotion mariale éloigne de son Fils et de Dieu n’est pas une simple erreur, c’est une faute délibérée qui a sa source dans les loges qui ont initié l’hérésie du schisme de la Réforme protestante. L’intention est d’éloigner le fidèle du cœur spirituel de l’Église et de la Rédemption. C’est une volonté d’apostasie.
Le premier "Ave"
Le premier "Ave" fait mémoire de Dieu le Père. L’invocation ancienne le rappelle : « Je vous salue Marie, lys de pureté, fille de Dieu le Père11, pleine de grâce… ». La Vierge Marie est une créature humaine, descendante, selon la chair, d'Adam et Ève. Elle n’est pas une « re-création » – proposition un temps soutenue par le théologien franciscain saint Jean Duns Scot. Elle est née de saint Joachim et de sainte Anne, tous les deux présanctifiés en vue de sa naissance, la Nouvelle Ève. L’Immaculée Conception.
Ce premier Ave invite à contempler Marie, fille d’Israël et descendante de David et d’Aaron. Elle est la bien-aimée du Père. Préservée des conséquences du péché originel dès les premiers instants de sa conception, en vue des mérites futurs du Christ – le Verbe incarné –, elle est la première rachetée, la première sauvée. Elle est, en puissance, toute l’humanité restaurée : « pleine de grâces… » Elle est déjà la Mère de l’Église dès qu’elle prononcera son « fiat », la Mère du peuple des sauvés. Dieu a anticipé les mérites de son Fils pour elle, en vue de son Incarnation. Cette grâce singulière, elle ne cessera de l’accomplir toute sa vie terrestre. En effet, son Immaculée Conception fait d’elle la Mère de Dieu, la Mère et le refuge des pécheurs, la Mère de l’Église, la Nouvelle Ève, la victorieuse du dragon. Son OUI renverse le NON d'Ève. Sur la croix, dans l’écho de son OUI radical, absolu, Jésus l’institue Mère adoptive de tous les baptisés. C’est un peu comme s’il contrebalançait la justice de son silence face à Ponce Pilate. Marie devient la puissance des pécheurs repentant. Nous recevons par le sacrement du baptême un nom nouveau, il efface l’ancien reçu d‘Adam et d’Ève qu’ils ont imposé à chaque descendant, selon une antique tradition. Nous devenons frères adoptifs de Jésus, fils adoptifs du Père éternel par le baptême et de Marie. Elle nous adopte à l’instant T de ce sacrement12. S’il n’est pas permis d’aller à Dieu le Père sans passer par Jésus-Christ. Jésus veut que nous allions à Lui par sa Mère à qui Il ne peut rien refuser, parce qu’Il veut que sa miséricorde triomphe, d’une certaine manière, de sa justice. Le premier Ave nous fait prendre intérieurement conscience que la dévotion à Dieu le Père procède par un acte d’obéissance, qui est redoutable à accomplir envers Lui. C’est pourquoi Marie nous prend par la main, nous nourrissant de sa pédagogie à nulle autre pareille. La récitation du « Je vous salue Marie… », nous introduit dans le cœur même des Saintes Écritures. Elles contiennent les lumières qui nous permettent de nous associer au mystère du Christ Sauveur. La récitation méditée du chapelet nous fait participer au triomphe de « la Femme revêtue du soleil » qui écrase la tête du dragon : « Et un grand prodige paru dans le ciel : Une femme revêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles. […] Et la femme s’enfuit dans le désert où elle avait un lieu préparé par Dieu, pour y être nourrie mille deux cent soixante jours ». (Ap 12).
Quoique ce ne soit pas défini, nous pouvons croire et enseigner que la Très Sainte Vierge Marie est Co-rédemptrice.
Le second "Ave"
Le second "Ave" fait mémoire de Dieu le Saint-Esprit : « Je vous salue Marie, rose de charité, épouse de l’Esprit Saint, pleine de grâce13... »
Le OUI de Marie permet à Dieu le Saint-Esprit de l’épouser : Il l’ombre d’amour et de vérité. Son Immaculée Conception la fait vivre par son OUI à l’intérieur du mariage mystique. Elle est déjà, d’une certaine façon au cœur de la Très Sainte Trinité, qui la couronnera. Cette noce permettra que Jésus-Christ épouse l’Église qu'il a fondée. Jésus épouse l'Église par Marie, présente au pied de la Croix. À cet instant tragique, l’Immaculée Conception est tout à la fois l’Église, que Jésus épouse, et la Mère de l’Église. Marie est la Mère de Jean et, par lui, à tout le peuple de sauvés, aux élus. Sans cette grâce, qui lui est personnelle et spécifique, elle ne pouvait être la Mère de Dieu. Elle n’aurait pu donner son Fiat, son Oui14. C'est la raison pour laquelle l'archange Gabriel, dans sa salutation, lui dit : « Je vous salue pleine de grâce ». Il reconnaît en elle son Immaculée Conception qui est ordonnée à la conception virginale de Jésus, et donc au salut proposé à tout le genre humain. C’est précisément pourquoi l’archange Gabriel la salue en ces termes : « Je vous salue, comblée de grâce » (en grec : Kecharitomene). Par cette salutation unique, Gabriel reconnaît et proclame ce que Dieu a opéré en elle dès le premier génome : son Immaculée Conception ; elle reçut ce privilège singulier d’avoir été préservée du péché originel par pure grâce, en vue de devenir la Mère du Sauveur. Oui, mais le prix de cette grâce fut terrible, terrifiant pour une maman qui doit collaborer au salut par l’acceptation de la mort de son fils unique.
Quoique ce ne soit pas défini, nous pouvons croire et enseigner que la Très Sainte Vierge Marie est Co-rédemptrice.
Le troisième "Ave"
Le troisième "Ave" fait mémoire de Dieu le Fils, Dieu le Verbe incarné : « Je vous salue Marie, violette d’humilité, Mère de Dieu le Fils, pleine de grâce... »
Ce troisième Ave rappelle que Marie est Mère de Dieu – Theotókos – et, de ce fait, Mère de l'Église, notre Mère. Parce qu’elle a donné au Sauveur sa chair et son sang selon les lois génétiques et l’hérédité, Jésus est exclusivement son Fils, puisqu’elle n’a et ne connaîtra jamais d’homme. Le Père éternel a respecté les lois qu’il a Lui-même fondées, sauf pour la Conception Virginale de son Fils. La Très Sainte Vierge Marie est vierge avant la conception virginale de Jésus, elle est vierge pendant et vierge après la naissance. Elle est vierge pour l’éternité.
Si Dieu n’avait pas respecté les lois générales quant au développement à partir de la fécondation de l’ovule, le Verbe de Dieu, le Fils unique, en Jésus le nazaréen, Fils de David, n’aurait pas assumé la condition humaine. Or, Il l’a assumée sauf le péché.
Marie est d’une manière unique et suréminente la Co-rédemptrice du genre humain, car si elle ne l’était pas, il n’y aurait pas eu d’Église, car les individus entre eux ne seraient pas non plus des co-opérateurs du salut de tous. Il n’y a qu’un seul Rédempteur, Jésus-Christ, mais Marie, par son consentement libre et total dès l’Annonciation et renouvelé au pied de la Croix, coopère dès son Fiat à la Rédemption. Tous ceux qui contribuent au salut des âmes le font uniquement en participant à la Co-rédemption de Marie, qui elle-même découle entièrement de la Rédemption du Christ. Nier le titre et la réalité de Co-rédemptrice est une erreur grave, une hérésie, selon l’intention qui aura présidé au refus de ce dogme si évident.
Tandis que son Fils meurt sur la Croix, elle reçoit de lui son titre et sa mission de Mère de l'humanité sauvée, marquée du sceau du salut : le baptême ; elle est Mère adoptive de ceux qui possèdent la plénitude de la foi, c'est-à-dire les baptisés dans la foi catholique unis à Pierre et ses successeurs ; elle est Mère des pécheurs qui se repentent et cherchent le salut proposé au moyen de son Église ; elle est Mère de ceux qui sont validement baptisés, mais qui la rejettent comme Vierge et Mère de Dieu ; elle est Mère de l’humanité, car tous les hommes et femmes sont appelés au salut.
Il n’existe qu’une seule religion, qu’une seule Église fondée par Jésus-Christ : l’Église catholique, apostolique et romaine. Hors de l’Église catholique il n’y a point de salut. Ce dogme solennel (déclaré infailliblement par Boniface VIII dans Unam Sanctam, Florence, Pie IX, etc.) n’admet aucune exception ni atténuation. Ceux qui, connaissant l’Église catholique comme l’unique Église du Christ, et refusent d’y entrer ou d’y persévérer ne peuvent pas être sauvés. Cependant, au seuil de l’immortalité, ils peuvent être sauvés en acceptant la foi de l’Église catholique. Le baptême de désir ou de sang ne s’applique qu’à ceux qui, invincibles ignorants, auraient été prêts à embrasser la foi catholique intégrale s’ils l’avaient connue. Toute théorie contraire est une hérésie.
L’archange Gabriel révèle à Marie sa prédestination éternelle : « Le Seigneur est avec toi ». Il lui fait comprendre qu’elle est l’Immaculée Conception, préservée du péché originel dès le premier instant de sa conception – vérité que l’Église, guidée par son sensus fidei infaillible, finira par définir solennellement en 1854.
« Bénie es-tu entre toutes les femmes » : là où Ève, par orgueil et désobéissance, a perdu la grâce originelle et ouvert la porte à la mort et au péché (y compris le crime de l’avortement, fruit direct de son refus de la maternité selon Dieu), Marie restaure l’ordre brisé. Elle est la Nouvelle Ève, la Mère des vivants dans l’ordre de la grâce, et elle écrase la tête du serpent. Elle prend la place qu’Ève a perdue : Mère de tout le genre humain sauvé.
Formée au Temple, Marie connaît les Écritures Saintes. Ses parents appartenaient à un courant mystique qui conservait la tradition spirituelle des prophètes : les Es-séniens – non pas ceux de Qumrân (Esséniens), une secte en rupture avec le Temple, auteurs des manuscrits de la mer Morte –, mais les Es-séniens mystiques, un petit reste fidèle à la Torah, ce même courant qui se prolonge dans l’Église et qui vit avec elle la Passion de Jésus.
Gabriel la rassure : "Ne craignez pas Marie ; vous avez trouvé grâce devant Dieu. » Marie ne doute plus que l'ange qui est en sa présence vient bien de Dieu. Elle comprend : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole... »

Marie, l’Immaculée Conception, est le chemin pour aller à Jésus et de Jésus au Père éternel.
Aujourd’hui, bien plus qu’hier, Marie, notre Mère du Ciel sur la Terre, est le chemin à prendre pour notre salut. Oser prétendre que Marie nous détournerait de Jésus, nous détournerait de Dieu Trine, qu’elle « deviendrait une sorte d’idole » n’est pas une simple erreur de jugement, mais le résultat néfaste d’un choix réfléchi, aux conséquences dévastatrices pour ceux qui n’ont pas une formation doctrinale suffisante pour se protéger de ces marches fatales vers l’apostasie. Être catholique romain est une barrière invincible contre toutes les formes d’hérésies, et parfois les plus insidieuses, à la condition d’être consacré à son Cœur Immaculé, de lui appartenir au quotidien. Nous ne sommes pas des réformés-protestants. L’œcuménisme ne saurait justifier l’affaissement doctrinal. Il est devenu une source objective d’infestation, qui entraîne un affaissement de la foi, et développe une sorte de sentiment de culpabilité dont il faut se défendre. Nous devons être fiers d’être de l’Église, d’être catholiques. Nous ne sommes ni responsables, ni coupables d’actes désastreux commis dans l’histoire et encore présentement. Leurs auteurs auront été des hommes et des femmes qui, prétendant être de l’Église, n’ont fait que se servir d’elle pour commettre des actes innommables et l’affaiblir. Le projet d’unité des chrétiens n’est pas réalisable sans Marie, sans l’Immaculée Conception. Si l’Église catholique a raison d’y travailler, cela ne peut pas être aux dépens de sa doctrine, aux dépens de sa mission de confirmer ses enfants dans la foi et d’entendre du Peuple son sensus fidei.
Marie n’est pas une femme banale, ordinaire. Elle est l’unique Immaculée Conception, personne depuis la chute d’Adam et Ève ne l’a été et ne le sera après elle. Son état de grâce d’Immaculée est ordonné à la conception virginale de Jésus. Sa communion parfaite aux souffrances de son Fils en vue du salut du genre humain fait d’elle la Co-rédemptrice, sinon, pourquoi célébrer la Mère des Douleurs et son couronnement au Ciel si elle n’est pas Co-rédemptrice ? Ne craignons pas de réciter le chapelet qui, par les mystères médités, permet à Marie de nous introduire dans le palais du Roi du Ciel. Que nous soyons savants, ignorants, jeunes ou vieux, nous avons besoin de notre Mère du Ciel, nous avons besoin de son secours.
Quoique ce ne soit pas défini, nous pouvons croire et enseigner que la Très Sainte Vierge Marie est Co-rédemptrice.
- ↑ Catéchisme n°1302 et Mystères lumineux ajoutés par saint Jean-Paul II le 16 octobre 2002 dans la lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae.
- ↑ Le Pater expliqué par les Pères, trad. Par le Père Adalbert Hamman, édit. Franciscaines, 1962
- ↑ Ce courant n’avait rien à voir avec les Esséniens, rédacteurs des écrits de Qumrân, une secte qui avait rompu avec le Temple, selon les révélations reçues par la bienheureuse Anne Catherine Emmerich.
- ↑ De Ecclesia militante
- ↑ Mystici Corposirs 1943, § 22-23
- ↑ Ut unum sint § 42 ; audience générale de Benoît XVI du 19 novembre 2008
- ↑ Nombres 6, 24-26
- ↑ SCIVIAS 1, 4 édit. CERF, col. Sagesse Chrétienne
- ↑ Ex. 3, 13-15
- ↑ Pour faciliter la compréhension du discours rédigé dans une langue pure, mais peu entendue de nos jours, j'ai transcrit la formule à notre décadence, car saint Cassien a traduit la prière du latin par : "Remets-nous comme nous avons remis." Cette formule n'est plus en usage quoique parfaitement coordonnée à la haute tradition chrétienne.
- ↑ Cette formule est un ajout qui vient d’une ancienne tradition mariale née en France, une image qui renforce la compréhension de l’état de grâce immaculée de la très sainte Vierge Marie, à une époque où le peuple de France n’avait pas oublié son baptême.
- ↑ Selon les travaux du Père Émile Neubert, marianiste, dit : l’apôtre de Marie.
- ↑ Mt 1, 20
- ↑ Le théologien Karl Rahner, influencé par la dialectique de Martin Heidegger, a remis en cause de manière subtile le dogme de l’Immaculée Conception au nom d’une anthropologie dialectique, proposant que Marie ne serait pas privilégiée spécifiquement, mais que ce dogme s’appliquerait à tous les hommes. Une interprétation communiste au sens strict de la Révélation de la foi catholique. Une erreur majeure qui, malheureusement ne fut officiellement condamnée, alors qu’elle aura des effets dévastateurs dans le Peuple de Dieu.
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