Chapitre n°5

L'histoire – 1ère partie

L’histoire, mémoire de nos actes, est celle du salut. Elle témoigne du débat qui confronte l’homme à l’usage de sa liberté, se résumant à choisir entre le bien ou son absence, à répondre au don par le don de lui-même ou s’y refuser.

À l’instant T de l’Incarnation du Verbe en Jésus, l’histoire entre dans son accomplissement. Elle était en puissance dans la pensée créatrice de Dieu le Père, mais elle s’est ouverte avec la Parole créatrice du Verbe.

L’homme est le souverain de la Terre par mandat de son Créateur. Il remettra sa souveraineté et toute la création au Fils de l’Homme venant sur la nuée, Jésus-Christ. La souveraineté du fidèle catholique ne porte de fruits d’amour et de vérité qu’à la condition qu’il vive sa foi en union au Christ par Marie. Saint Irénée de Lyon écrit : « Le Verbe de Dieu […] a récapitulé en lui-même la longue histoire des hommes, nous procurant le salut de manière synthétique, afin que ce que nous avions perdu en Adam, c’est-à-dire d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous le retrouvions dans le Christ Jésus. » Le Christ accomplit l’histoire avec la liberté de l’homme ; qui refuse le Christ sort de la mémoire de l’histoire. Sur quel support l’histoire s’écrit ? Sur celui de la liberté alimentée par la vérité et l’amour.

Le corps de l’homme est à l’image exemplaire de Dieu le Fils et à sa ressemblance trinitaire par les puissances en son âme : mémoire, intelligence, volonté. Dieu le place au centre et au sommet de la création. Il est responsable de ses actes : ce qu’il pense, dit et fait relève de sa liberté et de sa souveraineté. Le péché originel a produit un collapsus universel : la création gémit (Rm 8,22). L’histoire, qui aurait dû n’être qu’une action de grâce, est celle du salut. Cependant, cette faute ne prouve pas que l’homme est mauvais par nature, mais qu’il est intrinsèquement libre. Libre de choisir le bien ou son absence, de s’en remettre à Dieu ou de le rejeter

Saint Augustin enseigne que Dieu tire le bien du mal plutôt que de ne pas le permettre. (Civitas Dei ch. V, para. 9-10) Il insiste sur le rôle de la Providence dans laquelle il intègre la liberté de l’homme pour en tirer le bien de l’histoire. Le Catéchisme de l’Église catholique (n° 302-303) enseigne que la Providence divine utilise la coopération des créatures. Dieu donne à l’homme la dignité d’être cause et principe de son salut, de coopérer à son dessein. Le pape saint Jean-Paul II le grand enseigne que « L’appartenance à la famille humaine confère à toute personne une sorte de citoyenneté mondiale, lui donnant des droits et des devoirs, les hommes étant unis par une communauté d’origine et de destinée suprême. » (message. Du 01/01/2005)

Jean-Paul II fait référence à la memoria Dei. La communauté d’origine et la destinée suprême ont leur cause instrumentale et substantielle dans la memoria Dei qui est l’une des trois puissances en l’âme. C’est ce que dira en substance la Vierge Marie lors de ses apparitions à Amsterdam, la Dame de tous les Peuples. Saint Thomas d’Aquin précise : « Quand on dit que Dieu a laissé l’homme à lui-même, cela ne signifie pas qu’il l’exempte de sa Providence ; mais seulement qu’il ne lui a pas donné une force opérative prédéterminée à un seul effet, comme aux choses naturelles qui ne se dirigent pas elles-mêmes vers leur fin, mais sont dirigées par un autre ; au contraire, parce que l’homme se dirige lui-même vers sa fin par son libre arbitre, on dit qu’il est laissé à lui-même. » (Prima pars, Q. 22, a.4) La Providence, pour Thomas, englobe tout sans supprimer la liberté, rejoignant saint Augustin. Il insiste sur la responsabilité universelle de l’usage de cette liberté qui est d’abord celle de la conscience morale individuelle, c’est une référence, par défaut, à la memoria Dei.

Dieu le Père demandera des comptes à chacun de nous et aux nations, aux peuples quant à l’usage des grâces obtenues par l’Incarnation, la Passion et la Résurrection de son Fils unique.

En raison des dangers issus du délabrement moral, spirituel l’homme de bien et surtout le fidèle a besoin de retrouver son identité et sa place dans la création. L’intellectuel catholique se fait un devoir de contribuer à cette résistance. Si tous les hommes, bons ou mauvais, écrivent l’histoire avec Dieu, le catholique la co-écrit de l’intérieur de son adoption d’enfant de Dieu. Il a pour cela deux faisceaux de lumière à l’unique source : l’Incarnation du Verbe et la Résurrection de Jésus-Christ. Cependant, c’est de l’intérieur du mystère de l’Immaculée Conception qu’il en achèvera la rédaction.

Beaucoup de penseurs limitent l’histoire ; pour saint Augustin, elle commence avec le temps et la conscience humaine ; pour Hegel : quand l’esprit prend conscience de lui-même ; pour Voltaire : un tableau de crimes et malheurs ; pour les aristotéliciens : la matière en puissance devient histoire par la forme.

Ils oublient l’essentiel : la matière et le temps sont créés ex nihilo dans un unique instant T, l’histoire est donc en puissance en Dieu le Père. La matière et le temps sont ordonnés à l’homme et, par lui, au Christ. Ils forment le cadre intangible de l’histoire. La liberté, la vérité et l’amour en tissent la toile sur laquelle elle est écrite. Que les historiens-idéologues la considèrent comme une science et la multiplient en branches critiques, idéologiques, cela ne change pas son sens unique : celui du salut.

Elle commence dès l’acte créateur : quand le Verbe dit la Pensée du Père et pose hors du Présent divin un monde orienté vers une fin qui porte une tension dramatique vers l’homme et vers le Christ, alors l’histoire commence même passive, muette, non racontée. Cependant, nous devrions considérer qu’elle commence dans la pensée de Dieu le Père, puisqu’alors, elle s’y trouve en puissance de réalisation. La matière et le temps sont pensés en Dieu le Père portant déjà leur détermination qui est l’homme. Il peut être considéré que l’histoire commence avec la pensée créatrice de Dieu le Père.

(à suivre...)