Monseigneur Touvet

Depuis plusieurs années, la Société des Missionnaires de la Miséricorde Divine (SMMD), communauté de droit diocésain fondée en 2005 à Toulon par l’abbé Fabrice Loiseau, subit un blocage systématique de ses ordinations. Ce qui devait être un temps de transition après le départ de Mgr Dominique Rey s’est transformé, sous Mgr François Touvet, en un durcissement qui prolonge et accentue une véritable chasse aux sorcières.

Une communauté pleinement intégrée

L'abbé Fabrice LoiseauL’abbé Loiseau, prêtre issu de la Fraternité Saint-Pierre et fondateur de la SMMD, a volontairement choisi l’incardination dans le diocèse de Fréjus-Toulon. Sous l’impulsion de Mgr Rey, qui recherchait une communauté alliant attachement à la forme extraordinaire du rite romain, zèle missionnaire (particulièrement envers les musulmans) et insertion réelle dans la vie diocésaine, la SMMD a été érigée comme association publique de fidèles. Ses constitutions, approuvées par l’Église, prévoient explicitement l’usage des livres liturgiques antérieurs à la réforme de Vatican II pour les ordinations et le ministère de ses prêtres. La communauté reconnaît pleinement la validité du missel de Paul VI et célèbre occasionnellement selon ce rite ; elle ne revendique aucun exclusivisme et s'inscrit donc pleinement dans les enseignements de Vatican II. Elle vit un charisme de miséricorde divine à l’école de sainte Faustine, d’adoration eucharistique et d’évangélisation directe, tout en servant des paroisses et des œuvres diocésaines.

Cette ouverture de Mgr Rey à des communautés traditionnelles, sans distinction idéologique stérile, a fait florès : le diocèse attirait des vocations abondantes. Mais cette générosité a déplu. La Conférence des évêques de France (CEF) et certains milieux romains ont orchestré une pression croissante. En 2022, les ordinations diocésaines sont suspendues après une visite « fraternelle ». Une visite apostolique suit. Mgr Rey est progressivement écarté : Mgr Touvet est nommé coadjuteur en novembre 2023 avec des pouvoirs étendus (formation des séminaristes, clergé, communautés), puis devient évêque titulaire en janvier 2025 après la démission forcée de Mgr Rey. On annonçait un « arrondissement des angles », une sortie de crise dans l’unité.

Un durcissement, non un apaisement

Loin d’apaiser, Mgr Touvet a maintenu et durci la ligne de la CEF. Les ordinations diocésaines ont repris, mais celles des Missionnaires de la Miséricorde Divine restent bloquées ou conditionnées de manière inacceptable. En 2024, six séminaristes ont finalement reçu le diaconat le 1er décembre dans une forme hybride (rite d’ordination réformé pendant une messe traditionnelle), après de longs dialogues avec le Dicastère pour le Culte divin. Mais les ordinations sacerdotales de ces diacres – et de nouveaux candidats – restent en suspens. Au printemps et à l’été 2026, la situation n’est toujours pas débloquée : Rome pose des conditions que la communauté doit accepter pour relancer les ordinations. Ces conditions touchent au rite d’ordination lui-même et, surtout, à la possibilité pour les nouveaux prêtres de célébrer selon le missel traditionnel, droit inscrit dans leurs constitutions et soumis, depuis Traditionis custodes, à une concession romaine pour les prêtres récemment ordonnés.

Mgr Touvet, qui se présente comme un pasteur attentif aux « différentes sensibilités », exige de facto une soumission qui vide le charisme de la communauté. Ce n’est plus seulement l’application de normes ; c’est le maintien d’une persécution qui empêche des hommes appelés au sacerdoce d’accéder au ministère pour lequel ils se sont préparés.

La Croix portée par les séminaristes

Ces jeunes hommes portent une Croix très lourde. Depuis plus de deux ans, voire quatre ans pour certains, ils attendent une ordination qui reste hypothétique. Leur vocation est reconnue, leur formation achevée, leur engagement dans la communauté et le diocèse éprouvé. Pourtant, on les maintient dans un limbe canonique. Cette attente prolongée n’est pas anodine : elle engendre une souffrance réelle, et pour certains d’entre eux, des conséquences psychologiques graves, allant jusqu’à la dépression. Comment ne pas s’inquiéter de ces âmes qui ont répondu généreusement à l’appel du Seigneur et se voient empêchées d’exercer le ministère pour lequel elles sont vouées ? L’Église d'en France a-t-elle le droit de faire payer à des fidèles loyaux le prix d’une rigidité idéologique ?

Intention du pape ou syndrome du petit chef ?

Faut-il vraiment croire que l’esprit de Traditionis custodes voulait produire de telles situations ? Le motu proprio visait à réguler l’usage de la forme extraordinaire et à favoriser l’unité. Mais transformer cette régulation en instrument de pression pour forcer des communautés diocésaines pleinement catholiques à renoncer à leur charisme reconnu, n’est-ce pas détourner de facto l’intention pontificale ? On croit plutôt reconnaître le syndrome du petit chef : une application zélée, voire zélote, qui dépasse la lettre et l’esprit du texte pour servir des agendas locaux ou idéologiques. L’obéissance à Rome et surtout le blocage des demandes devient prétexte à une uniformisation qui étouffe les charismes vivants.

Le salut des âmes d’abord

La véritable charité pastorale ne devrait-elle pas se préoccuper d’abord du salut des âmes plutôt que des enjeux idéologiques, politiques ou – osons le dire – bien souvent maçonniques qui semblent influencer certains cercles ecclésiastiques ? Ces séminaristes, ces prêtres en devenir, ces fidèles qui reçoivent d’eux la miséricorde divine dans une liturgie digne et un apostolat audacieux, ont droit à autre chose qu’à une administration froide. L’Église a besoin de prêtres, non de blocages. Elle a besoin de pasteurs qui, comme le Christ, cherchent la brebis perdue et ne brisent pas le roseau froissé.

Que notre prière se tourne vers ces Missionnaires de la Miséricorde Divine, pour leurs diacres et séminaristes, et pour que les autorités, à Rome comme à Toulon ou à Paris, trouvent le sens de la paternité et de la justice. Le Seigneur est miséricordieux ; que ses ministres le soient aussi.



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