Quand César veut diriger les âmes… et qu’un certain clergé lui ouvre la porte

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Mt 22, 21)

Il fallait oser.

Pendant des décennies, la République a revendiqué la séparation stricte de l'Église et de l'État. Beaucoup ont aujourd'hui le sentiment qu'un changement de cap s'est opéré. Après deux siècles de sécularisation ayant progressivement effacé les références chrétiennes de la vie de la cité et considérablement réduit la place du catholicisme dans la société, l'État semble désormais vouloir intervenir jusque dans les domaines qui relevaient traditionnellement du discernement propre de l'Église. Comme si, après avoir contribué à marginaliser l'Église, il s'agissait désormais de diriger ce qu'il en reste.

Selon certains observateurs, cette évolution s'accompagne d'une diffusion croissante de conceptions maçonniques jusque dans certaines instances dirigeantes de l'Église en France : la CEF, la CORREF, les évêchés, les économats ou encore les services chargés des biens diocésains. Il arrive même que certains soutiennent qu'il serait possible de concilier sans difficulté franc-maçonnerie spiritualiste et vie catholique.

Que nenni.

C'est dans ce contexte qu'intervient un fait particulièrement symbolique.

Après la constitutionnalisation de l'avortement, alors que les catholiques prient pour empêcher l'adoption de la loi sur l'euthanasie — qui remet en cause l'un des fondements mêmes de la loi naturelle : « Tu ne tueras point » — la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) annonce, le 3 juillet 2026, la signature d'une convention de partenariat avec la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES).

Le contraste est saisissant.

Pendant que la base prie, jeûne et se mobilise pour défendre la vie, les représentants d'une large partie des religieux de France négocient et signent.

La CORREF, qui représente près de 479 instituts religieux, soit environ 20 000 religieux et religieuses en France, choisit ainsi d'institutionnaliser une coopération avec ce même État. Cette convention prévoit notamment le partage d'informations, l'échange d'analyses et d'expertises, ainsi que des actions de sensibilisation et de formation des responsables religieux sur les notions d'« emprise », de « dérives sectaires » et de « liberté intérieure ».

Une question vient alors spontanément à l'esprit : peut-il exister une véritable liberté intérieure lorsqu'elle est pensée indépendamment de Dieu ?

La loi de 2024 : un tournant

Pour comprendre la portée de cette convention, il faut revenir sur une évolution législative récente.

Avant la loi de 2024, lorsqu'une communauté religieuse faisait l'objet d'une procédure présentée comme relevant de dérives sectaires, les poursuites pénales reposaient sur des infractions déjà prévues par le Code pénal : violences, agressions sexuelles, escroqueries, abus de faiblesse, harcèlement, séquestration ou autres délits objectivement définis.

Autrement dit, l'emprise psychologique pouvait être retenue comme un élément d'analyse venant éclairer ces infractions, mais elle ne constituait pas, à elle seule, une incrimination pénale autonome.

Avec la loi du 10 mai 2024, le législateur a créé un nouveau délit : celui de « placement ou maintien d'une personne dans un état de sujétion psychologique ou physique ».

Comme nous l'avions expliqué dans notre précédent article, cette évolution constitue un véritable changement de paradigme. Le juge n'est plus seulement amené à apprécier des faits matériels objectivement constatables ; il peut désormais être conduit à examiner des mécanismes d'emprise psychologique à partir d'un faisceau d'indices, d'éléments contextuels et de témoignages.

Appliqué à la vie religieuse, ce débat soulève une interrogation : dans quelle mesure de tels critères pourraient-ils être mobilisés pour analyser certaines réalités communautaires telles que l'obéissance religieuse, la vie commune, l'isolement volontaire ou la direction spirituelle ?

C'est précisément dans ce contexte que cette évolution législative suscite des débats et des inquiétudes, et que la convention signée entre la CORREF et la MIVILUDES prend une portée particulière.

Personne ne conteste que les véritables abus doivent être combattus.

Mais une question de principe demeure.

CEFDepuis deux mille ans, l'Église distingue soigneusement le for externe, qui relève du jugement des actes, du for interne, qui relève de la conscience, de la direction spirituelle et du discernement des âmes.

Cette distinction n'est pas un simple détail canonique : elle constitue l'une des garanties traditionnelles de la liberté religieuse et de l'autonomie de l'Église dans sa mission propre.

Comment préserver cette frontière si l'État est conduit à intervenir toujours davantage dans des domaines touchant à l'âme, que l'État tend à réduire à de simples mécanismes psychologiques, et dans la vie spirituelle des communautés ?

Hier, il fallait séparer l'Église de l'État. Aujourd'hui, il s'agirait de contrôler ce qui reste de l'Église en France par le personnel même de l'Église, afin de mieux la vider de l'intérieur…

On marche sur la tête… le compas dans l'œil.




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