Dozulé, la croix
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Quoi que l’on pense des apparitions présumées de Dozulé et des messages rapportés par Madeleine Aumont, ce n’est pas ici la question.

Un constat de non-surnaturalité a été prononcé. L’évêché met en garde les fidèles contre les groupes qui continuent à promouvoir les événements et les messages de Dozulé... Mais cela ne répond pas à une autre question : fallait-il détruire le bassin ?

Quelques mois seulement avant cette destruction, Mgr Jacques Habert écrivait dans sa lettre pastorale de Carême 2026 : « Il importe de redire combien cette décision n’a jamais été une attaque contre les personnes. Je respecte, et je continuerai de respecter, ceux qui depuis plus de 50 ans se sont rendus ou se rendent, de bonne foi, en ce lieu. Ils y portent des intentions légitimes et sont animés du désir de rencontrer Dieu. »

Et il ajoutait au sujet de Madeleine Aumont : « Il ne m’appartient pas non plus de donner un avis sur l’authenticité de la vie intérieure de madame Madeleine Aumont, la présumée voyante, décédée en 2016. »

Ces paroles ont un poids.

Lorsqu’un évêque affirme qu’il respecte et continuera de respecter ceux qui viennent depuis plus de cinquante ans en ce lieu, reconnaît leur bonne foi, leurs « intentions légitimes » et leur « désir de rencontrer Dieu », les actes qui suivent devraient pouvoir être compris à la lumière de cette parole.

Or, quelques mois plus tard, le bassin est détruit à l’initiative du diocèse.

Un jugement de non-surnaturalité peut porter sur les phénomènes allégués. Il n’efface ni cette histoire, ni la bonne foi des personnes, ni les prières qui ont été faites en ce lieu.

Un bassin présent depuis 1974

Dozulé, le bassinCe bassin n’était pas une installation clandestine récemment construite contre l’autorité ecclésiastique.

Il existait depuis 1974 et le panneau présent sur les lieux rappelait qu’il avait été creusé « avec l’autorisation de Monseigneur Badré, alors évêque du diocèse. »

Quoi que l’on pense aujourd’hui des phénomènes de Dozulé, cet ouvrage appartenait donc depuis plus d’un demi-siècle à l’histoire du lieu.

Cette histoire est celle de Madeleine Aumont, de l’abbé Victor L’Horset qui l’accompagna, des religieuses et des témoins, mais aussi de générations de fidèles qui sont venus là en pèlerinage, pour prier, se recueillir, demander des grâces et se rapprocher de Dieu.

Pendant plus de cinquante ans, des hommes et des femmes ont prié à Dozulé. Certains témoignent également de conversions et de retours à la foi liés à leur passage en ce lieu. Cela ne démontre évidemment pas, à lui seul, l’origine surnaturelle des phénomènes ; mais cela appartient à l’histoire humaine et spirituelle de Dozulé et ne peut être simplement effacé.

Un jugement de non-surnaturalité porte sur les phénomènes allégués. Il n’efface ni cette histoire, ni la bonne foi des personnes, ni les prières qui ont été faites en ce lieu.

D’autant que l’histoire de l’Église elle-même invite à une certaine prudence : des phénomènes présumés surnaturels ont parfois fait l’objet, au fil du temps, de réexamens et même de jugements ecclésiastiques successifs différents. Les Normes du Dicastère pour la Doctrine de la foi de 2024 rappellent elles-mêmes l’existence de telles situations.

On pouvait ne pas reconnaître Dozulé sans détruire Dozulé

Le diocèse pouvait rappeler fermement le jugement de l’Église.

Il pouvait interdire que les messages soient présentés comme des révélations reconnues, mettre en garde contre certaines interprétations, encadrer le lieu, expliquer, enseigner et accompagner.

Dozulé, la pelleteuseMais fallait-il une pelleteuse ?

Le porte-parole du diocèse a expliqué à Ouest-France : « Nous ne voulons y voir aucun rassemblement, ni événement, ni promotion. » Les travaux ont été présentés comme destinés à remettre le site « à son état naturel ».

Dès lors, pour les fidèles attachés à Dozulé, l’image reçue n’est plus simplement : « L’Église ne reconnaît pas ces apparitions. » Elle devient : « Le lieu où vous êtes venus en pèlerinage et prier pendant des décennies, et dont l’aménagement avait autrefois été autorisé par l’évêque du diocèse, doit maintenant disparaître. »

On pouvait ne pas reconnaître Dozulé sans détruire Dozulé.

Et c’est ici que le problème devient plus grave encore. Non seulement cette destruction paraît difficilement conciliable avec la parole donnée quelques mois auparavant — « Je respecte, et je continuerai de respecter » ces fidèles — mais ce sont précisément ces fidèles qui reçoivent de plein fouet la violence symbolique du geste.

Ce sont eux qui voient disparaître un lieu où ils priaient depuis des années. Ce sont eux qui voient une pelleteuse détruire un ouvrage présent depuis 1974. Ce sont eux qui doivent maintenant comprendre comment le « respect » qui leur avait été publiquement annoncé peut s’accorder avec cette destruction.

Il ne s’agit pas de dire que l’évêque aurait voulu personnellement blesser les fidèles. Nous n’avons pas à lui prêter cette intention. Mais l’effet pastoral du geste peut, lui, être constaté et interrogé.

La question est d’autant plus douloureuse que Mgr Habert écrivait dans cette même lettre pastorale vouloir : « Une Église qui vit dans l’unité et la communion, une Église fraternelle et synodale » et : « Une Église envoyée pour servir ce monde qui souffre, spécialement les plus fragiles. »

Comment ne pas voir le contraste entre ces paroles et les images de la pelleteuse ?

On peut corriger sans humilier. On peut enseigner sans effacer. On peut maintenir le discernement de l’Église tout en respectant la mémoire d’un lieu où tant de personnes sont venues prier...

On pouvait ne pas reconnaître Dozulé sans détruire Dozulé.

C’est précisément cette contradiction entre la parole de respect donnée aux fidèles et la brutalité symbolique de l’acte posé quelques mois plus tard qui rend cette destruction si incompréhensible.

Oui, c’est un scandale pastoral.



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