Le cœur du message de Fatima

Lorsque l'on évoque Notre-Dame de Fatima, beaucoup pensent immédiatement aux prophéties, au troisième Secret ou aux événements dramatiques annoncés pour l'Église et le monde. Pourtant, le véritable cœur du message de Fatima n'est pas la prophétie ou le secret qui parle de l'infiltration de l'Église, mais la conversion, la pénitence et la réparation.

« Si l'on fait ce que je vais vous dire… », « Si l'on écoute mes demandes… ». Les châtiments annoncés ne sont donc pas des prophéties fatales, mais des prophéties conditionnelles.

Autrement dit, la réponse des hommes a une véritable importance. La conversion, la pénitence et la réparation n'empêcheront pas toute épreuve, mais elles peuvent, selon les desseins de la miséricorde divine, en retarder l'accomplissement, en limiter l'ampleur ou en atténuer les conséquences. À l'inverse, lorsque les péchés, les blasphèmes, les sacrilèges et les profanations s'accumulent sans repentance ni réparation, les hommes s'exposent eux-mêmes aux conséquences qu'ils ont refusé d'éviter.

Pendant des siècles, l'Église a répondu aux grands péchés publics par des actes publics de réparation : processions, jeûnes, prières, adorations, messes votives, œuvres de pénitence. On savait qu'à une offense publique faite à Dieu devait répondre une réparation publique. Non pour fléchir Dieu dans sa justice, mais pour implorer sa miséricorde, reconnaître humblement que le péché offense le Créateur, blesse tout le Corps de l'Église et attire sur nous de justes châtiments.

Aujourd'hui, les blasphèmes, les profanations, les sacrilèges contre la Sainte Eucharistie, les lieux saints, les sanctuaires et les églises, les offenses faites aux Très Saints Cœurs de Jésus et de Marie, les attaques contre la vie, la famille, la foi chrétienne et la loi de Dieu se succèdent presque chaque jour. Les offenses s'accumulent sous nos yeux. Mais où sont les actes publics de réparation ? Où sont les journées de jeûne et de pénitence ? Où sont les processions d'expiation ? Où sont les heures d'adoration offertes pour réparer tant d'offenses ? Où sont les Messes célébrées explicitement en réparation ? Où sont les pasteurs qui appellent le peuple chrétien à demander publiquement pardon à Dieu ? Et où sommes-nous nous-mêmes ?

Nous sommes souvent nombreux à dénoncer les maux de notre époque, mais bien moins nombreux à les réparer. Notre-Dame nous rappelle pourtant que l'on ne vaincra pas le mal uniquement par des analyses, des dénonciations ou des protestations. Le Ciel demande des âmes qui prient, qui jeûnent, qui offrent leurs souffrances en les unissant au Saint Sacrifice de la Messe, qui vivent de l'Eucharistie et offrent des communions réparatrices afin de réparer les offenses faites à Dieu, au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie, et d'obtenir la conversion des pécheurs.

C'est précisément dans ce contexte qu'il faut lire le message de Fatima.

l'Ange de la Paix à FatimaLes trois apparitions de l'Ange du Portugal

Avant même les apparitions de Notre-Dame en 1917, Dieu prépare les trois petits bergers — les saints François et Jacinthe Marto et la Servante de Dieu Lucie dos Santos — par trois apparitions de l'Ange du Portugal en 1916. L'Ange ne leur parle ni de catastrophes ni de secrets, mais leur apprend d'abord à prier, à adorer, à faire pénitence et à réparer les offenses faites à Dieu.

Lors de la première apparition, il leur enseigne cette prière :

« Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je Vous aime. Je Vous demande pardon pour tous ceux qui ne croient pas, qui n'adorent pas, qui n'espèrent pas et qui ne Vous aiment pas. »

Lors de la deuxième apparition, il leur demande :

« Faites, de tout ce que vous pouvez, un sacrifice, et offrez-le à Dieu en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé et en supplication pour la conversion des pécheurs. »

Enfin, lors de la troisième apparition, tenant un calice surmonté d'une Hostie d'où tombent des gouttes de Sang, l'Ange leur enseigne la réparation eucharistique avant de leur donner la Sainte Communion. Il les invite ainsi à s'unir à Jésus-Christ, l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, afin de participer à son Sacrifice rédempteur et d'offrir, avec Lui et par Lui, des actes de réparation pour les péchés des hommes. Puis il leur dit :

« Prenez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats. Faites réparation pour leurs crimes et consolez votre Dieu. »

Ces paroles révèlent combien Notre-Seigneur est offensé dans le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie. Elles rappellent la gravité des sacrilèges, des communions indignes, des profanations des saintes Hosties et de toutes les irrévérences commises envers la Présence réelle du Christ. L'Ange n'invite pas les enfants à condamner les coupables, mais à répondre à ces offenses par l'adoration, la réparation et une communion fervente. C'est dans l'Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne, que le fidèle s'unit le plus parfaitement au Sacrifice du Christ pour participer à son œuvre de réparation et de salut.

La réparation envers les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie

Mais les offenses ne touchent pas seulement Notre-Seigneur dans la Sainte Eucharistie. Elles blessent aussi profondément le Cœur Immaculé de Marie.

Le 10 décembre 1925, à Pontevedra, la Sainte Vierge apparaîtra à sœur Lucie en lui montrant son Cœur entouré d'épines et lui dira :

« Vois, ma fille, mon Cœur entouré d'épines que les hommes ingrats m'enfoncent à tout moment par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler. »

Elle demandera alors la Communion réparatrice des premiers samedis du mois, en réparation des cinq principales offenses commises contre son Cœur Immaculé : les blasphèmes contre son Immaculée Conception, contre sa Virginité perpétuelle, contre sa Maternité divine et spirituelle, ceux qui cherchent à inspirer aux enfants l'indifférence, le mépris ou la haine envers leur Mère céleste, et enfin les outrages de ceux qui profanent directement ses saintes images. Ainsi, la réparation demandée à Fatima s'adresse au Sacré-Cœur de Jésus, particulièrement offensé dans la Sainte Eucharistie, mais aussi au Cœur Immaculé de Marie, continuellement blessé par les péchés et les blasphèmes des hommes.

Tout est déjà là. Avant même de révéler le Secret de Fatima, le Ciel donne le remède. Avant d'annoncer les châtiments, Dieu enseigne comment les prévenir. Avant de parler des épreuves à venir, il montre le chemin de la miséricorde : la prière, la pénitence, la réparation et l'Eucharistie.

Les enfants vivent déjà le message

Les apparitions de Notre-Dame en 1917 ne feront que développer cet enseignement. Les enfants ne se contentent pas de l'écouter : ils le vivent. Dès les premières apparitions, ils multiplient les sacrifices, renoncent aux jeux, supportent la faim, la soif et les moqueries. Le 13 août 1917, arrêtés par les autorités civiles, séparés les uns des autres et menacés d'être jetés dans une chaudière d'huile bouillante s'ils ne révèlent pas le Secret, ils préfèrent offrir leur vie plutôt que de trahir la mission confiée par la Sainte Vierge. Leur premier grand acte de réparation est celui de leur propre existence offerte à Dieu. C'est dans ce climat de prière, de pénitence, de réparation et de fidélité héroïque que Notre-Dame révèle, le 13 juillet 1917, un unique Secret composé de trois parties.

Que connaissait-on alors du message de Fatima ?

Entre 1917 et 1941, le contenu des deux premières parties du Secret demeurait inconnu du grand public. Les trois enfants connaissaient le Secret depuis le 13 juillet 1917, mais sœur Lucie n'en avait pas encore publié le texte.

En revanche, une grande partie du message de Fatima était déjà connue. Les fidèles connaissaient les six apparitions de Notre-Dame, son appel incessant à la conversion, à la pénitence, à la récitation quotidienne du Rosaire, aux sacrifices pour les pécheurs, la demande de construire une chapelle à la Cova da Iria, ainsi que le miracle du soleil du 13 octobre 1917.

Le Ciel continua ensuite à parler par l'intermédiaire de sœur Lucie. Le 10 décembre 1925, à Pontevedra, Notre-Dame demanda la Communion réparatrice des premiers samedis du mois. Puis, le 13 juin 1929, à Tuy, elle demanda la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé, accomplissant ainsi ce qu'elle avait annoncé aux enfants quelques années auparavant.

Quelques années plus tard, Notre-Seigneur adressa encore à sœur Lucie cet avertissement devenu célèbre :

« Ils n'ont pas voulu écouter ma demande ! Comme le roi de France, ils s'en repentiront et ils la feront, mais il sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Église. Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir. »

Cette parole fait explicitement écho au refus de Louis XIV de répondre à la demande du Sacré-Cœur transmise à sainte Marguerite-Marie Alacoque. Elle montre combien le Ciel insiste sur l'urgence d'obéir à ses demandes avant qu'il ne soit trop tard.

L'essentiel était déjà là

Ainsi, avant même que le texte du Secret ne soit publié, les catholiques connaissaient déjà l'essentiel du remède demandé par le Ciel : la prière, la pénitence, le Rosaire, la réparation, la Communion réparatrice des premiers samedis et la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. L'essentiel était déjà là.

Ce n'est qu'en 1941 que sœur Lucie rendra publiques les deux premières parties du Secret, révélant la vision de l'enfer, les erreurs de la Russie et la promesse du triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

Dans le prochain article, nous étudierons précisément les deux premières parties du Secret de Fatima, rendues publiques en 1941. Nous consacrerons enfin le dernier volet de cette série à la dernière partie du Secret, rédigée en 1944, à sa publication en 2000, aux déclarations des papes et au rapprochement souvent établi avec le message d'Akita.



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