Après de nombreuses mains tendues par le Vatican depuis 1988 pour permettre le retour de la FSSPX à la pleine communion avec l'Église catholique romaine, ses dirigeants ont néanmoins procédé hier au sacre de quatre évêques sans mandat pontifical et contre la volonté du Pape.

Les deux évêques consécrateurs et les quatre évêques consacrés encouraient l'excommunication latae sententiae. Le Vatican vient de confirmer cette situation de façon ferme et claire, par la voix du cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la Foi.

Il publie ce jour un décret d'excommunication qui entraîne la séparation d’avec l’Église de Rome aussi bien des évêques que des prêtres appartenant à la Fraternité Saint-Pie X. Quant aux fidèles laïcs, sont à considérer comme excommuniés ceux qui adhèrent formellement à la Fraternité.

Le dicastère joint à son décret une note  (texte reproduit ci-dessous) qui donne des explications détaillées :

Depuis l’époque de saint Paul VI jusqu’aux derniers entretiens qui se sont tenus récemment au sein de ce dicastère, les multiples tentatives visant à ramener les adhérents au mouvement fondé par Mgr Marcel Lefebvre à la pleine communion avec l’Église catholique se sont révélées vaines. Cette situation s’est encore aggravée en raison des récentes consécrations épiscopales célébrées sans mandat pontifical, contre la volonté du Saint-Père, en violation flagrante du droit canonique. Par conséquent, ce dicastère, dans l’exercice fidèle des fonctions qui lui sont confiées, estime nécessaire de souligner que cet acte a constitué un délit de schisme, avec les conséquences canoniques qui en découlent pour les ministres sacrés et les fidèles laïcs impliqués. En effet, comme cela a déjà été déclaré en 1988, «une telle désobéissance, qui constitue en elle-même un véritable refus de la primauté de l'évêque de Rome, constitue un acte schismatique»1.

À cet égard, dorénavant :

1. Les ministres sacrés appartenant à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X sont en schisme et doivent donc être considérés comme schismatiques23, et sont donc soumis à l’excommunication prévue par le droit4.

2. En ce qui concerne les fidèles laïcs, doivent être considérés comme schismatiques et excommuniés ceux qui adhèrent formellement à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X dans les conditions fixées par la Note explicative du Conseil pontifical pour les textes législatifs de 19965, toujours en vigueur, que ce dicastère fait sienne.

3. Enfin, le saint Peuple de Dieu est averti que les ministres sacrés de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X administrent illicitement les sacrements et que le sacrement de pénitence qu’ils administrent ainsi que le mariage qu’ils célèbrent sont invalides.

L’Église, telle une mère attentionnée, accueillera avec une affection sincère et une vive sollicitude tous ceux qui souhaitent revenir à la pleine communion. Les nonces apostoliques mettront en place les procédures que les Ordinaires pourront utiliser selon les différents cas.

Enfin, tous les fidèles sont exhortés à demeurer fermement en communion avec le Souverain Pontife, avec les évêques en communion avec lui et avec toute l’Église67, et à s’abstenir de participer aux célébrations et aux activités organisées par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X susmentionnée.

Maintenant que le couperet est tombé, se pose la question de ceux qui vont quitter la FSSPX.

Les prêtres et religieux tout d'abord ; rejoindront-ils les communautés Ecclesia Dei existantes (FSSP, ICRSP, IBP, FSVF, Le Barroux, Lagrasse, etc...) ou leur sera-t-il proposé la création d'un institut de droit pontifical ? Et si c'est le cas, quelles seront les conditions fixées par Rome ?

Pour les fidèles, ensuite, on notera que l'excommunication ne touche que ceux qui "adhèrent formellement" à la FSSPX, étant entendu que les sacrements de confession et de mariage sont invalides. Or sans la validité de ces sacrements, comment continuer à vivre sa foi ? Il y a donc potentiellement beaucoup de fidèles de la FSSPX qui vont chercher à rejoindre les communautés Ecclesia Dei.

Or, comme on a pu le constater depuis des décennies, les évêques (et tout spécialement en France) se montrent excessivement tyranniques à l'égard des communautés attachées au rite tridentin. Et c'est même un des éléments qui a servi de marchepied à ces sacres illicites. Il est peut-être temps pour les évêques de revoir leur politique délétère.

À ce propos, le cardinal Gerhard Ludwig Müller estimait hier que le moment est venu de repenser les restrictions imposées à la liturgie traditionnelle. Pour lui, ces restrictions instaurées par le motu proprio Traditionis Custodes n’ont pas atteint leur objectif : « Les lefebvristes peuvent faire de ces interdictions un symbole de leur dissidence envers Rome. Les mesures restrictives ont presque fait de la propagande aux lefebvristes. » Et il ajoute : « Utiliser une manière autoritaire pour demander une obéissance aveugle n’est pas notre style, le style chrétien. »

Il évoque alors l’héritage de Benoît XVI, dont le motu proprio Summorum Pontificum « avait apporté beaucoup de paix dans l’Église », dit-t-il, et il ajoute : « On ne peut pas interdire le rite dans sa forme ancienne. »

Selon lui, permettre de nouveau une large liberté pour la célébration de la liturgie traditionnelle ne constituerait pas une concession doctrinale, mais un moyen pastoral de favoriser l’unité.


  1. cf. Jean-Paul II, Lettre apostolique Ecclesia Dei, 3
  2. cf. Jean-Paul II, Lettre apostolique Ecclesia Dei, 5 c
  3. Conseil pontifical pour les textes législatifs, Note explicative sur l’excommunication pour schisme encourue par les adhérents au mouvement de Mgr Marcel Lefebvre, 24 août 1996, 5-6
  4. can. 1364 § 1
  5. cf. ibid., 7
  6. cf. Lumen Gentium, 22
  7. can. 751 du Code de droit canonique


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