Une triste fête nationale : à quand le retour au 15 août ?
Chaque année, au milieu de l’été, la France s’agite autour d’une fête nationale qui se veut triomphale : défilés militaires sur les Champs-Élysées, feux d’artifice, bals populaires. Pourtant, derrière ce vacarme laïc et républicain, se cache une profonde mélancolie. Car ce 14 juillet, imposé en 1880 par la IIIe République, n’est que le dernier avatar d’une longue série de substitutions douloureuses. Il a supplanté, non sans peine, une autre date qui unissait autrefois le trône et l’autel, la royauté et la Vierge Marie : le 15 août.
Avant la Révolution, le 15 août n’était pas seulement la fête de l’Assomption. Depuis le vœu solennel de Louis XIII, le 10 février 1638, il était devenu la véritable fête nationale du royaume. Dans un acte d’État inspiré par la naissance tant attendue du futur Louis XIV, le roi consacrait solennellement la France à la Sainte Vierge. Il ordonnait des processions dans toutes les paroisses du royaume, des revues de troupes, des réjouissances publiques, des bals et des feux d’artifice. La France tout entière se reconnaissait alors sous la protection maternelle de Marie. Le 15 août alliait ainsi la piété mariale la plus pure à l’identité royale et nationale. C’était une fête à la fois céleste et terrestre, où la Vierge Immaculée veillait sur son royaume de prédilection.
La Révolution, dans sa haine du trône et de l’autel, supprima cette fête. Elle la jugeait trop monarchique, trop chrétienne. Les processions furent interdites, les églises fermées ou profanées. Le lien visible entre la France et sa Reine du Ciel fut brisé.
Napoléon, génie du calcul politique, tenta ensuite de s’approprier cette date pour mieux l’obscurcir. En 1806, il institua la Saint-Napoléon le 15 août – jour anniversaire de sa naissance – et en fit la fête nationale de l’Empire. Il créa de toutes pièces un saint obscur pour masquer la fête mariale et orienter la dévotion populaire vers sa propre gloire. C’était une manœuvre dérisoire et sacrilège : utiliser la date du vœu royal pour ériger un culte de l’homme à la place du culte de la Vierge. L’Empereur, qui avait rétabli le Concordat par calcul, n’hésita pas à détourner une fête mariale pour en faire le théâtre de son apothéose personnelle. La Vierge pleurait déjà sur cette profanation.
La Restauration, elle, eut le mérite de tenter un retour aux sources. Louis XVIII et Charles X rétablirent le 15 août dans son sens royal et marial. Ce fut une parenthèse précieuse, trop brève. Les Trois Glorieuses de 1830 mirent fin à cette tentative de restauration spirituelle. Puis vinrent les régimes qui multiplièrent les fêtes républicaines et laïques : le 22 septembre (proclamation de la République), le 24 février (révolution de 1848), le 4 mai, et finalement le triomphe du 14 juillet en 1880. Chaque fois, on s’éloignait un peu plus de la consécration mariale pour s’enfoncer dans le culte abstrait de la Nation et de la République maçonnique – autant d’idoles qui ne sauvent pas.
Aujourd’hui, le 14 juillet règne sans partage. Il célèbre une Révolution qui a versé le sang des prêtres et des rois, une laïcité qui bannit Dieu des institutions, une modernité qui a fait de la France une nation désacralisée. Le 15 août, lui, n’est plus qu’un jour férié religieux pour les catholiques, vidé de sa dimension nationale. La France a choisi de commémorer sa rupture plutôt que sa consécration.
Pourtant, la Vierge Marie ne cesse de pleurer sur son royaume. Les apparitions de Fatima, de Paray-le-Monial, de Pellevoisin, autant d’appels du Ciel restés largement ignorés, témoignent de cette tristesse maternelle. La France, fille aînée de l’Église, a trahi le vœu de son roi. Elle a préféré les idoles républicaines aux promesses du Ciel. Les crises s’accumulent : apostasie massive, dénatalité, insécurité morale et spirituelle, perte de sens, culture de mort. Tout cela n’est pas le fruit du hasard. C’est la conséquence logique d’un rejet obstiné de la protection mariale.
Seul un retour sincère au vœu de Louis XIII pourra nous sortir de cet abîme. Non pas un retour nostalgique et folklorique, mais un retour vivant : la consécration de la France à la Vierge Marie, la restauration de sa royauté sociale sur les cœurs et sur les institutions, le retour à une dévotion mariale ardente et publique. Que les processions du 15 août redeviennent ce qu’elles étaient : l’expression visible d’une nation qui reconnaît sa Reine et sa Mère.
La France ne se relèvera pas par des défilés militaires laïcs ni par des discours creux sur les « valeurs républicaines ». Elle se relèvera par la grâce de Marie, si nous daignons enfin l’implorer comme Louis XIII l’a fait jadis. Le 15 août n’est pas une date dépassée. C’est une promesse toujours vivante. À quand le retour ?
Que la Sainte Vierge, Reine de France, intercède pour nous. Que le vœu de Louis XIII soit enfin accompli dans nos cœurs et dans notre patrie. Alors seulement, la fête nationale redeviendra ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une fête royale et mariale, source de bénédictions pour la France.
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