À Jésus-Eucharistie, par Marie, dans l'Église.

« La véritable Église de mon Fils est fondée sur les '' Tre Amori Bianchi '' : l'amour de l'Eucharistie, l'amour de l'Immaculée Conception et l'amour du Pape. » — La Vierge de l'Apocalypse de Tre Fontane, 12 avril 1947 (révélation privée - le culte à la Vierge de la l'apocalypse est autorisé en 1987 par le Saint-Siège. Dix ans plus tard, en 1997, Jean-Paul II donne au sanctuaire le nom de « Notre-Dame du Troisième Millénaire aux Trois Fontaines »)

Depuis plusieurs décennies, une belle expression s'est répandue dans la spiritualité catholique : les Trois Blancheurs, ou, selon la formule italienne plus ancienne, les Trois Amours Blanches (Tre Amori Bianchi).

Ces trois « amours » résument toute la vie catholique :

  • l'amour de Jésus réellement présent dans la Sainte Eucharistie ;
  • l'amour de Marie Immaculée, Mère de Dieu et Mère de l'Église ;
  • l'amour du Successeur de saint Pierre, principe visible de l'unité de l'Église.

Le 10 décembre 2006, le pape Benoît XVI reprenait lui-même cette expression en encourageant les membres de la Jeunesse Ardente Mariale à demeurer fidèles à ce qu'ils appellent les «“tre amori bianchi” : l'Eucharistie, Marie Très Sainte et le Successeur de l'Apôtre Pierre. »

Cette expression des Trois Blancheurs est aujourd'hui entrée dans le langage spirituel de l'Église. Elle résume admirablement les trois grands amours qui soutiennent et orientent toute la vie catholique.

Mais ces trois Blancheurs ne sont pas trois dévotions juxtaposées, entre lesquelles chacun pourrait choisir selon sa sensibilité. Elles ne forment qu'un seul et même chemin voulu par le Christ pour conduire son Église.

C'est pourquoi nous parlons ici du mariage indissoluble des Trois Blancheurs. En effet, on ne peut aimer véritablement Jésus-Eucharistie sans aimer sa Très Sainte Mère.

On ne peut aimer Marie sans aimer l'Église, dont elle est la Mère. On ne peut aimer l'Église sans demeurer en communion avec celui à qui le Christ a confié la mission de confirmer ses frères dans la foi.

L'Eucharistie, Marie et le Successeur de Pierre ne sont donc pas trois réalités indépendantes. Elles procèdent d'un même dessein de Dieu, s'éclairent mutuellement et conduisent ensemble au salut. Les séparer, c'est rompre l'équilibre voulu par le Christ ; les vivre ensemble, c'est demeurer dans la plénitude de la foi catholique.

Comme dans le mariage chrétien, « Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. »1

Séparer ces Trois Blancheurs, c'est affaiblir la vie de l'Église ; les garder unies, c'est demeurer à Jésus-Eucharistie, par Marie, dans l'Église.

3 blancheursLe songe prophétique de saint Jean Bosco

Bien avant que l'expression « Trois blancheurs » ne soit largement employée, saint Jean Bosco en avait déjà reçu toute l'intuition dans l'un de ses songes les plus célèbres.

Le 30 mai 1862, devant plus de cinq cents jeunes réunis à l'Oratoire de Turin, il raconte une vision devenue célèbre. Il voit l'Église représentée sous la forme d'un immense navire affrontant une mer déchaînée.

Autour d'elle, une multitude de bâtiments ennemis cherchent à la couler. Les vents soufflent avec violence. Les vagues se déchaînent.Les boulets de canon frappent sans cesse le navire de Pierre. Au milieu de cette terrible tempête surgissent alors deux colonnes gigantesques.

Don Bosco raconte :

« Au milieu de l'immense étendue de la mer, deux fortes colonnes s'élèvent des flots, très hautes et peu éloignées l'une de l'autre. Sur l'une se trouve une Hostie d'une grandeur proportionnée à la colonne avec cette inscription : Salus credentium (Salut des croyants). Sur l'autre se trouve la statue de la Vierge Immaculée avec cette inscription : Auxilium Christianorum (Secours des chrétiens). »

Le pape tient la barre du navire. Toute son énergie consiste à conduire l'Église entre ces deux colonnes. Après une lutte terrible, il parvient enfin à y attacher solidement le navire. À cet instant, les ennemis sont dispersés. Les navires qui combattaient l'Église se heurtent entre eux et sombrent. Une grande paix revient sur la mer.

Près d'un siècle plus tard, cette même intuition spirituelle est exprimée avec une remarquable clarté dans une révélation privée liée aux apparitions de la Vierge de l'Apocalypse de Tre Fontane.

Le 12 avril 1947, déclare à Bruno Cornacchiola :

« La véritable Église de mon Fils est fondée sur les Trois Amours Blanches : l'amour de l'Eucharistie, l'amour de l'Immaculée Conception et l'amour du Pape. »

Cette parole n'ajoute rien au dépôt de la foi confié à l'Église. Elle en offre cependant une magnifique synthèse spirituelle. En quelques mots, elle résume ce que Don Bosco avait contemplé dans son songe : l'Église demeure inébranlable lorsqu'elle reste solidement enracinée dans ces trois amours.

Le Christ a donné à son Église son Corps dans l'Eucharistie. Du haut de la Croix, Il lui a donné sa Mère. Enfin, Il lui a donné Saint Pierre et ses successeurs pour confirmer leurs frères dans la foi et maintenir l'unité visible de son Église. Ces trois dons procèdent d'un même amour. Les séparer, c'est déchirer ce que le Christ lui-même a voulu unir.

L'autorité du Pape : entre papolâtrie et rejet de Pierre

La troisième blancheur est peut-être celle qui suscite aujourd'hui le plus de divisions.

D'un côté, certains tombent dans ce que l'on pourrait appeler une papolâtrie. Ils donnent parfois l'impression que tout ce que dit, fait ou décide le pape devrait être approuvé sans discernement, comme si chacune de ses paroles était infaillible, comme si chacune de ses décisions pastorales ou gouvernementales exprimait nécessairement la volonté de Dieu.

L'Église n'a jamais enseigné cela.

Le pape est le Successeur de Pierre, non son remplaçant. Il est le Vicaire du Christ, non le Christ lui-même.

Comme tous les pasteurs de l'Église, il demeure un homme. Il peut commettre des erreurs de gouvernement, prendre des décisions discutables, manquer certaines occasions, garder parfois le silence là où d'autres auraient parlé. Comme chacun d'entre nous, il rendra compte devant Dieu de la manière dont il aura exercé la mission qui lui a été confiée.

À l'autre extrême se trouve une tentation tout aussi dangereuse.

Parce qu'ils sont troublés par certaines paroles, certaines décisions ou certains événements, beaucoup finissent par ne plus reconnaître réellement l'autorité du Successeur de Pierre.

On continue parfois à dire : « Je reconnais le pape », mais, dans les faits, on ne lui obéit plus que lorsqu'il confirme nos propres opinions.

D'autres passent leur temps à commenter chacune de ses paroles, à juger chacune de ses décisions, à critiquer, à interpréter chacune de ses intentions, comme s'ils étaient devenus les arbitres permanents du Siège de Pierre.

D'autres encore rêvent d'une Église où le pape penserait exactement comme eux. En réalité, ils ne veulent plus d'un pape : ils voudraient être pape à sa place. Le danger est immense. Car on peut finir par vivre un véritable divorce avec l'Église tout en croyant défendre la Tradition.

L'histoire montre combien de divisions sont nées précisément du refus de reconnaître l'autorité que le Christ a confiée à Pierre. À l'inverse, transformer le pape en absolu conduit à un autre déséquilibre tout aussi grave. L'Église ne repose ni sur la personnalité d'un pape, ni sur son tempérament, ni sur son gouvernement. Elle repose sur Jésus-Christ. Le pape est le signe visible de cette unité.

Depuis les premiers siècles, la tradition chrétienne résume cette réalité par cette formule attribuée à saint Ambroise :

« Ubi Petrus, ibi ergo Ecclesia. »
« Là où est Pierre, là est donc l'Église. »

Cette parole ne signifie pas que le pape serait impeccable ou incapable de toute erreur dans son gouvernement. Elle rappelle que le Christ a voulu que son Église demeure visible, unie et identifiable autour du ministère de Pierre. Le songe de saint Jean Bosco exprime cette vérité avec une force extraordinaire.

Le pape n'est pas une troisième colonne.

Il est celui qui tient la barre du navire de Pierre, avec les limites propres à tout homme, mais assisté par la Providence dans la mission que le Christ lui a confiée. Il est, en quelque sorte, la boussole visible qui indique où se trouve le navire de l'Église au milieu des tempêtes de l'histoire. À lui, le Christ a confié les clefs du Royaume des Cieux (Mt 16, 19). À lui revient, en vertu de sa charge, la juridiction suprême sur toute l'Église… Comme dans un corps vivant où la tête transmet la vie à chacun des membres, le Christ, Tête invisible de l'Église, gouverne son Corps par les ministères qu'Il a lui-même institués, au premier rang desquels celui de Saint Pierre et de ses successeurs.

« La véritable Église de mon Fils est fondée sur les Trois Amours Blanches : l'amour de l'Eucharistie, l'amour de l'Immaculée Conception et l'amour du Pape. »

Aucun catholique ne sera jugé sur ce qu’il devait penser du Pape… En revanche, il lui sera demandé s'il est demeuré dans la communion de l'Église voulue par le Christ, s'il a respecté le ministère de Pierre et s'il est resté fidèle au mariage indissoluble des 3 blancheurs.

À Jésus-Eucharistie, par Marie, dans l'Église : tel est le chemin sûr que le Seigneur a donné à son peuple jusqu'au jour de son retour glorieux.


  1. Mt 19, 6



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