Saint Joseph : la petite voie de la fidélité
Chaque année, le 19 mars, l’Église célèbre Saint Joseph, l’humble artisan de Nazareth choisi par Dieu pour être l’époux de Marie et le gardien de Jésus. Figure discrète de l’Évangile, il demeure pourtant l’un des grands maîtres de la vie spirituelle. Par sa vie silencieuse et fidèle, il nous enseigne ce que l’on pourrait appeler la petite voie de la fidélité, que Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus redécouvrira plus tard en montrant que la sainteté se trouve dans l’amour vécu au cœur des petites choses de chaque jour.
Une confiance éprouvée
La grande mystique Sainte Thérèse d’Avila témoigne de manière bouleversante de l’intercession de saint Joseph. Entrée au Carmel d’Ávila à l’âge de 18 ans, elle tombe gravement malade au point que l’on prépare ses funérailles. Dans son extrême faiblesse, elle invoque saint Joseph avec confiance et est aussitôt guérie.
Cette expérience marquera profondément sa vie et contribuera à répandre dans toute l’Église la dévotion à saint Joseph.
Plus tard, elle écrira ces paroles célèbres :
« Le glorieux saint Joseph, je le sais par expérience, étend son pouvoir à tous les besoins (...) Connaissant aujourd'hui l'étonnant crédit de ce grand saint auprès de Dieu, je voudrais persuader tout le monde de l'honorer d'un culte particulier. »
La sainteté de la vie cachée
Saint Joseph n’a laissé aucune parole dans l’Évangile. Pourtant, toute sa vie est un enseignement.
Dans la maison de Nazareth, il sert humblement Jésus et Marie dans le travail quotidien et l’obéissance à la volonté de Dieu. Celui qui veilla sur la Sainte Famille demeure aujourd’hui encore le protecteur du peuple de Dieu et de l’Église.
Nazareth apparaît ainsi comme une véritable école de sainteté. Dans la simplicité d’une maison et dans le travail humble de chaque jour, saint Joseph nous montre que l’amour de Dieu s’exprime dans l’attention aux autres et dans les petites choses du quotidien, faites avec le cœur.
Sans paroles inutiles, mais par la parole juste accompagnée du geste et de l’attention, toute sa vie révèle la profondeur de la charité vécue au quotidien.
Cette attitude rejoint aussi la règle d’or de l’Évangile : faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils fassent pour nous.
Saint Joseph semble l’avoir profondément intégrée, comme en témoignent sa justice et sa miséricorde. L’Évangile dit en effet de lui qu’il était « un homme juste » (Mt 1,19). Mais cette justice n’est pas la dure application de la loi : elle est habitée par la miséricorde, la délicatesse et le respect de l’autre.
Toute sa vie révèle aussi une grande confiance en Dieu. Dans les épreuves — la fuite en Égypte, l’exil, puis le retour à Nazareth — Joseph avance sans comprendre toujours les desseins de Dieu, mais il marche avec confiance.
Enfin, son attitude est marquée par une profonde humilité, qui demeure l’une des armes spirituelles les plus décisives. Sans chercher à se mettre en avant, ni à fuir ses responsabilités, il accomplit sa mission avec fidélité, laissant toute la place à Jésus et à Marie.
Nazareth, école de la petite voie
Avant même que Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ne l’exprime avec tant de lumière, saint Joseph en avait déjà vécu l’esprit : une sainteté faite de fidélité quotidienne, de simplicité et d’amour dans les choses ordinaires de la vie.
Lui qui était destiné à être roi d’Israël accepte humblement de se mettre au service du Roi des rois, vivant dans la discrétion et l’effacement de Nazareth.
Nazareth apparaît ainsi comme la première école de cette petite voie de sainteté. Dans la fidélité silencieuse au devoir quotidien, saint Joseph nous montre que l’amour de Dieu se vit d’abord dans la constance, l’humilité et la confiance.
Mais Nazareth révèle aussi un chemin spirituel très profond : aller à Jésus avec Marie. Toute la vie de saint Joseph est tournée vers Jésus, mais toujours dans l’union avec Marie. Servir Jésus, pour lui, c’est aussi aimer, protéger et servir Marie.
Ainsi se dessine déjà ce chemin spirituel contemplé plus tard par de nombreux saints : aller à Jésus par Marie, dans la simplicité et la confiance. Joseph en est, en quelque sorte, le premier témoin silencieux. Dans la maison de Nazareth, il apprend à aimer Jésus avec le cœur de Marie et à vivre chaque jour dans cette communion d’amour.
Dans un poème consacré à saint Joseph, Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus contemple précisément cette vie cachée et écrit :
« Comme vous dans la solitude
Nous servons Marie et Jésus
Leur plaire est notre seule étude
Nous ne désirons rien de plus... »
Ces vers résument admirablement l’esprit de la petite voie : servir Dieu dans la simplicité, vivre dans la présence de Jésus et de Marie, et chercher avant tout à leur plaire.
Ainsi, à l’école de saint Joseph, nous découvrons que la vraie grandeur spirituelle se cache souvent dans les gestes les plus simples. La fidélité aux petites choses, vécue avec amour, devient alors un véritable chemin de sainteté.
À l’école de saint Joseph, nous comprenons que la sainteté ne se construit pas d’abord dans les grandes œuvres visibles, mais dans la fidélité humble aux petites choses de chaque jour. Là où Dieu nous place, dans le silence du devoir accompli et dans la confiance, se trouve déjà le chemin qui conduit à Lui.
Cette sagesse spirituelle rejoint l’enseignement de Saint François de Sales, qui écrivait :
« Chacun aime selon son goût, peu aiment selon leur devoir et le goût du Seigneur. »
Elle éclaire aussi l’appel transmis à la Vénérable Sœur Lucie de Fatima :
« Notre-Seigneur fit savoir à sœur Lucie qu’Il nous demandait surtout de mener une vie de justice dans l’observance de sa loi et l’accomplissement de son propre devoir d’état. »
Sœur Lucie expliquait elle-même :
« Voici la pénitence que le bon Dieu demande aujourd’hui : c’est le sacrifice que chacun doit s’imposer pour mener une vie de justice dans l’observance de sa loi. Il désire que l’on fasse connaître clairement cette voie aux âmes, car beaucoup donnent au mot “pénitence” le sens de grandes austérités ; et comme elles ne se sentent ni la force ni la générosité pour cela, elles se découragent et se laissent aller à une vie de tiédeur et de péché. »
Elle rapporte encore ces paroles du Seigneur :
« Le sacrifice qu’exige de chacun l’accomplissement de son propre devoir et l’observance de ma loi, voilà la pénitence que je demande et que j’exige maintenant. »
Ainsi, dans la lumière de saint Joseph, se dessine un chemin très simple et très profond : vivre fidèlement sa vocation, accomplir chaque jour son devoir d’état avec amour, et marcher humblement sous le regard de Dieu. N’est-ce pas là, précisément, chercher à être juste ? C’est en tout cas sur cette petite voie, ouverte par saint Joseph, que nous aimerions marcher, car elle ouvre, silencieusement, sur le chemin qui conduit à Jésus par Marie.
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