Sainte Catherine de Sienne
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Dans son Dialogue de la divine Providence, sainte Catherine de Sienne raconte comment Dieu lui fit découvrir en elle une « maladie cachée » : elle pouvait discerner les fautes des autres, particulièrement celles des serviteurs de Dieu, puis passer, sans même s’en apercevoir, du discernement de la faute au jugement de la personne.

Catherine remercie Dieu de lui avoir fait connaître les ruses cachées du démon et les illusions qui pouvaient également provenir de ses propres sentiments. Elle reconnaît avoir reçu « un remède contre une maladie cachée que je ne connaissais pas » : elle jugeait parfois les autres « sous prétexte de votre honneur et du salut des âmes ».

Le danger est donc particulièrement subtil : le jugement peut se déguiser en zèle pour Dieu. On peut avoir raison de constater qu’une conduite est mauvaise, tout en ayant tort de s’élever intérieurement contre celui qui l’a commise.

Catherine ne demande donc absolument pas de devenir aveugle au mal. Voir objectivement qu’une personne commet une faute n’est pas encore juger son âme, ses intentions, son degré de culpabilité ou la malice intérieure avec laquelle elle a agi. On peut dire : cet acte est mauvais, injuste ou contraire à la loi de Dieu. On peut même, lorsqu’on en a la responsabilité, avertir ou corriger.

Ce qu’elle refuse, c’est le passage de « cet acte est mauvais » à « cet homme est mauvais ; je connais son cœur, ses intentions et sa culpabilité ; je lui suis supérieur ». Nous ne connaissons parfaitement ni les dispositions intérieures d’une personne, ni son degré réel de responsabilité, ni les grâces qu’elle a reçues ou auxquelles elle a résisté, ni le combat qu’elle mène intérieurement, ni ce que Dieu accomplira finalement en elle. Le jugement de l’âme appartient à Dieu.

C’est pourquoi Catherine explique que, devant la faute manifeste du prochain, l’âme éclairée ne doit pas se constituer juge de la personne, mais éprouver de la compassion et prier pour elle. Elle exprime cette attitude par cette pensée : « Aujourd’hui, c’est ton tour ; demain ce sera le mien, si la grâce divine ne me soutient pas. »

Cela ne signifie nullement : « sa faute n’est pas grave puisque je pourrais la commettre ». Cela signifie : je vois réellement ton péché, mais je ne m’attribue pas à moi-même le mérite de ne pas être tombé comme toi.

Si je demeure aujourd’hui fidèle, je dois reconnaître que la grâce de Dieu me soutient. Je ne peux donc pas penser avec orgueil : moi, je ne ferais jamais cela ; je suis meilleur que lui. Sans le secours de Dieu, moi aussi je demeure capable de tomber.

C’est exactement l’avertissement de saint Paul : « Que celui donc qui croit être debout prenne garde de tomber. »1

Et encore : « Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu ? Et si vous l’avez reçu, pourquoi vous en glorifiez-vous, comme si vous ne l’aviez point reçu ? »2

L’enseignement de Catherine peut donc se résumer ainsi :

VOIR LA FAUTE → reconnaître qu’elle est réellement mauvaise → ne pas prétendre connaître et juger le cœur, les intentions ou toute la culpabilité → ne pas se croire supérieur → reconnaître que notre propre fidélité est soutenue par la GRÂCE → compatir → prier pour le pécheur → désirer et, lorsque c’est notre devoir, favoriser sa CONVERSION.

Ainsi, condamner le péché n’oblige jamais à mépriser le pécheur. Au contraire, la connaissance de notre propre fragilité et de notre dépendance envers la grâce doit transformer le jugement orgueilleux en vigilance sur soi-même, compassion plutôt que mépris, et prière pour celui qui est tombé.


  1. 1 Co 10,12
  2. 1 Co 4,7



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