Intrigue au Vatican : le pape Léon XIV est-il l'antéchrist ?
Épisode 1
Avant de parler de l’Antéchrist, distinguons soigneusement ce que nous savons et pouvons constater, ce que des témoins rapportent, et ce que certains affirment en s’appuyant sur des révélations privées.
Une Église profondément divisée
Que l’Église traverse depuis plusieurs décennies une crise profonde n’est guère contestable.
La division a pénétré jusque dans son sein : divisions doctrinales, liturgiques, morales et pastorales, controverses touchant jusqu’à la manière de comprendre ou de célébrer certains sacrements, perte de la foi, scandales de mœurs, esprit mondain, luttes d’influence, ambitions personnelles, conflits de pouvoir et parfois même autour de la gestion ou de l’accaparement des biens de l’Église…
Cette crise, qui se livre à la fois dans le visible et dans l’invisible, est aussi une bataille, tout à la fois spirituelle, doctrinale, morale et institutionnelle.
En 1972, Paul VI prononça cette phrase devenue célèbre, « par quelque fissure, la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu ».
Plus de vingt ans auparavant, Pie XII avait lui-même été témoin, peu de temps avant de proclamer le dogme de l'Assomption de la Vierge, dans les jardins du Vatican, du « miracle du soleil » de Fatima. Rattaché à ce phénomène le père Charles Murr rapporte ce que lui avait confié sœur Pascalina Lehnert, très proche collaboratrice de Pie XII. « Le seul mot que le Saint-Père employa pour décrire toute l’expérience fut, “Apostasie”. »
Le Catéchisme de l’Église catholique, n° 675, enseigne :
« Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. » Cette persécution dévoilera le « mystère d’iniquité » sous la forme d’une imposture religieuse offrant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes « au prix de l’apostasie de la vérité ».
Et le Catéchisme poursuit en désignant comme imposture religieuse suprême celle de l’Antichrist où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu.
La question de l’infiltration maçonnique
À cette dimension spirituelle s’ajoute une dimension humaine et historique : la question de l’infiltration maçonnique dans les milieux ecclésiastiques et jusque dans les structures du gouvernement de l’Église.
Il faut ici raisonner avec réalisme. Une infiltration qui repose précisément sur l’initiation secrète et la dissimulation de l’appartenance ne permettra jamais de dresser des statistiques certaines. Nous ne pouvons donc déterminer combien de prêtres, évêques, cardinaux ou responsables ecclésiastiques auraient effectivement été initiés ou auraient appartenu clandestinement à des réseaux maçonniques.
Mais l’impossibilité d’en dresser une liste exhaustive ne permet pas davantage de conclure que le phénomène n’a jamais existé.
Et quand bien même nous ne connaîtrions pas le nombre des initiés, l’esprit maçonnique, qui s’appuie sur le modernisme et le progressisme pour se mouvoir, est beaucoup plus facilement identifiable : c’est celui d’un humanisme sans Dieu, dans lequel l’homme finit par prendre la place de Dieu.
Ainsi s’accomplit peu à peu l’éclipse du surnaturel : lorsque l’homme cesse d’écouter ce que le Christ enseigne par son Église pour ne plus écouter que sa propre raison, il finit par se prendre lui-même pour mesure de la vérité. La déesse Raison entre alors dans le sanctuaire et, en prétendant tout soumettre à son empire et à son adoration, elle y introduit avec elle la déraison et la confusion. Alors la foi s’obscurcit, la vie spirituelle s’éteint, et deux tendances opposées procèdent finalement du même mal : les uns réduisent la doctrine à une liste de propositions à expliquer, disséquer et ordonner par la seule logique et la dialectique ; les autres la relativisent dès qu’elle ne se plie plus aux exigences de la raison humaine. Nous nous retrouvons alors, au sein même de l’Église, à enfermer les mystères de Dieu dans les limites de notre propre raison, jusqu’à ce que l’homme finisse par se glorifier lui-même à la place de Dieu.
C’est précisément dans ce contexte qu’intervient l’enquête de Mgr Édouard Gagnon. Au début des années 1970, les cardinaux Dino Staffa, alors préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, et Silvio Oddi portèrent auprès de Paul VI de graves accusations concernant une possible infiltration maçonnique jusque dans les plus hautes sphères de la Curie romaine. Deux responsables étaient particulièrement mis en cause : Mgr Annibale Bugnini, acteur majeur de la réforme liturgique, et le cardinal Sebastiano Baggio, préfet de la Congrégation pour les évêques.
Selon le témoignage du père Charles Murr, c’est Mgr Giovanni Benelli, alors substitut de la Secrétairerie d’État, qui recommanda Édouard Gagnon à Paul VI pour conduire une enquête beaucoup plus vaste. Paul VI chargea alors personnellement Mgr Gagnon d’une visite apostolique approfondie de la Curie romaine. Gagnon s’y consacra à plein temps pendant environ trois ans.
Le père Charles Murr, qui fut très proche de Gagnon durant cette période, a raconté cette enquête dans son ouvrage Murder in the 33rd Degree: The Gagnon Investigation into Vatican & Freemasonry.
Deux noms occupent une place particulière dans son récit : Mgr Annibale Bugnini et surtout le cardinal Sebastiano Baggio, préfet de la Congrégation pour les évêques de 1973 à 1984. Le cas Baggio était particulièrement préoccupant en raison de la fonction stratégique qu’il occupait.
À la suite de la généralisation de la retraite des évêques à 75 ans, de nombreux sièges épiscopaux devaient progressivement être renouvelés. La Congrégation pour les évêques disposait ainsi d’une influence considérable sur le choix d’une nouvelle génération de prélats.
Selon le récit de Murr, Gagnon reprochait précisément à Baggio d’avoir favorisé de nombreux candidats d’orientation libérale. L’enjeu dépassait donc largement la nomination immédiate de tel ou tel évêque. Les prêtres choisis pour devenir évêques pouvaient ensuite accéder à des sièges archiépiscopaux, certains être créés cardinaux et devenir finalement électeurs au conclave : en influençant durablement la composition de l’épiscopat, on pouvait donc, à terme, influencer également la composition du collège chargé d’élire le pape. C’est précisément ce qui alarmait Gagnon.
Or cette question de l’infiltration maçonnique dans l’Église a également reçu, chez certains auteurs une lecture eschatologique. Ceux-ci rapprochent la « maçonnerie ecclésiastique » de la seconde Bête d’Apocalypse 13. Il faut ici être précis : la première Bête monte de la mer (Ap 13,1), tandis que la seconde monte de la terre. Saint Jean la décrit avec « deux cornes semblables à celles d’un agneau », alors qu’elle « parlait comme le Dragon » (Ap 13,11).
Et c’est précisément à partir de là que certains vont beaucoup plus loin : si une puissance ayant l’apparence de l’Agneau mais parlant comme le Dragon pouvait pénétrer jusqu’au gouvernement de l’Église, pourrait-elle finalement atteindre jusqu’au siège de Pierre ?
Quand la division engendre la confusion
Quelle que soit l’ampleur réelle de cette infiltration, le diable comme la franc-maçonnerie agissant par nature dans l’ombre et la dissimulation, une réalité demeure visible : l’Église apparaît aujourd’hui profondément divisée.
Les fractures ne concernent plus seulement des sensibilités liturgiques ou pastorales secondaires. Elles touchent parfois à la manière même dont les catholiques comprennent la Tradition, l’autorité du pape, le développement de la doctrine, la morale, la discipline, la liturgie et certains sacrements.
Nous voyons désormais des cardinaux s’opposer publiquement à d’autres cardinaux, des évêques à d’autres évêques, des prêtres à d’autres prêtres, tandis que les fidèles eux-mêmes se retrouvent profondément divisés.
L’autorité du Saint-Siège est parfois bafouée, ignorée ou ouvertement contestée. Chacun finit par prendre du pape ce qui lui donne raison contre les autres, sans toujours recevoir son enseignement dans son ensemble et à l’intérieur de celui de l’Église. Finalement, chacun risque de se constituer lui-même en arbitre suprême : il décide ce qui doit être reçu, relativisé ou rejeté, et parfois même ce qui constituerait désormais la véritable doctrine catholique.
Ce n’est donc plus seulement une crise de l’autorité, mais une crise de la réception de l’autorité. Le paradoxe devient saisissant : chacun se croit gardien du dépôt de la foi et soupçonne l’autre de l’avoir trahi.
Dans un tel climat, il devient facile de croire que nous sommes déjà en plein dans le scénario décrit par le Catéchisme de l’Église catholique au n° 675 : apostasie, imposture religieuse, mystère d’iniquité, Antichrist... Et ce résultat porte un nom : CONFUSION.
C’est alors que surgit la question :
Et si l’Antéchrist en personne arrivait jusqu’au siège de Pierre ?
Cette hypothèse peut paraître extravagante. Pourtant, elle n’est pas née seulement des controverses contemporaines. Plusieurs révélations privées ont été interprétées comme annonçant une crise future de la papauté, l’apparition d’antipapes, voire l’arrivée de l’Antéchrist en personne jusqu’au sommet de l’Église.
Dans certains courants intégristes ou sédévacantistes, largement nourris par une lecture apocalyptique de la crise ouverte autour du concile Vatican II, l’Église visible ne serait même plus aujourd’hui qu’un simulacre de la véritable Église. Et si les portes de l’enfer n’ont pas prévalu contre elle, ce serait précisément parce que ces groupes considéreraient incarner eux-mêmes le « petit reste » dans lequel subsisterait la véritable Église.
C’est dans ce climat que certaines prophéties anciennes continuent d’être relues. Sous le pontificat de François, les controverses concernant la renonciation de Benoît XVI, le conclave de 2013 ou encore les théories fondées sur le prétendu « code Ratzinger » ont ainsi conduit certains auteurs à présenter François comme un antipape et à relire les anciennes prophéties à la lumière de cette conviction.
Marie-Julie Jahenny : deux antipapes successifs
Avec Marie-Julie Jahenny, l’annonce est particulièrement spectaculaire. Dans un texte attribué à une extase du 29 septembre 1882, on lit : « L’Église aura son siège vacant de longs mois […] Il y aura deux antipapes successifs qui régneront tout ce temps-là sur le Saint-Siège… »
L’affirmation est considérable : il ne s’agirait pas simplement de mauvais papes, de papes faibles ou de pontificats contestés, mais d’une véritable usurpation du Saint-Siège.
Ce serait une tromperie ecclésiale d’une ampleur extraordinaire : aux yeux du monde et d’une grande partie des fidèles, la succession pontificale semblerait continuer normalement, alors que les hommes occupant successivement le siège de Pierre ne posséderaient pas réellement l’autorité pontificale…
Mais même ici, il faut respecter exactement ce que dit le texte :
ANTIPAPE ≠ nécessairement ANTÉCHRIST.
Frère Barnabas Nwoye : la Bête devient un homme
Un deuxième témoignage nous conduit directement vers l’Apocalypse : celui du frère Barnabas Nwoye, voyant nigérian à l’origine de l’Apostolat du Précieux Sang.
Dans une vision rapportée en 2001, Barnabas voit surgir la Bête d’Apocalypse 13, avec ses sept têtes et ses dix cornes. Puis se produit un élément particulièrement intéressant pour notre enquête : sous ses yeux, la Bête se transforme en un homme.
Nous avons vu précédemment qu’Apocalypse 13 présente en réalité deux Bêtes. La première monte de la mer et possède sept têtes et dix cornes. La seconde monte de la terre et possède deux cornes semblables à celles d’un agneau, mais parle comme le Dragon. C’est cette seconde Bête qu’on peut rapprocher de la « maçonnerie ecclésiastique ».
La vision attribuée à Barnabas introduit alors une possibilité supplémentaire : si une Bête peut représenter une puissance tout en se personnifiant finalement dans un homme, pourquoi l’autre Bête ne pourrait-elle pas, elle aussi, trouver son incarnation dans une personne ?
C’est précisément ici que certains font converger les différents éléments. La Bête aux cornes d’agneau, dont le dessein est clairement d’obscurcir l’Église et de faire adorer la déesse raison, pourrait voir son influence remonter jusqu’au collège cardinalice avec, pour objectif ultime, de parvenir à faire élire « l’un des siens » au siège de Pierre, et trouver ainsi son aboutissement dans la personne même de l’Antéchrist.
Mélanie Calvat : deux « Papes vermoulus », mais pas deux antipapes
Mélanie Calvat est également fréquemment invoquée pour renforcer cette lecture prophétique de la crise de la papauté.
On affirme notamment que La Salette aurait annoncé le Grand Monarque et le Grand Pape, notamment en s’appuyant sur ce que l’on attribue au secret de Maximin, dont le contenu demeure précisément entouré de nombreuses incertitudes. Dans certaines chronologies apocalyptiques, ce Grand Monarque et ce Grand Pape sont alors présentés comme devant affronter l’Antéchrist personnel ; dans d’autres discours, ils deviennent presque les sauveurs providentiels qu’il faudrait attendre patiemment pendant que tout s’écroule… Or Mélanie elle-même écrit au chanoine Roubaud, le 30 septembre 1894 :
« Je n’ai pas vu, je ne vois pas de Grand Pape, ni de Grand Monarque avant une grandissime tribulation, épouvantable, terrible et générale pour toute la Chrétienté. Mais avant ce temps il y aura deux fois une paix de peu de durée, deux Papes vermoulus, plats, douteux. »
La précision est capitale.
Mélanie ne parle pas de « deux antipapes ». Elle parle de « deux Papes vermoulus, plats, douteux ». Et surtout, elle affirme qu’elle ne voit ni Grand Pape ni Grand Monarque avant la grande tribulation. Mais il y a plus intéressant encore: Mélanie s’est elle-même exprimée sur Marie-Julie Jahenny.
Le 9 mai 1880, elle écrivait encore avec prudence : « Je ne connais pas Marie-Julie ni d’autres personnes semblables. » Mais son jugement devint ensuite beaucoup plus tranché. Dans une lettre au chanoine de Brandt du 7 novembre 1881, Mélanie écrit qu’il ne faut pas « porter foi » aux révélations de Marie-Julie et la range parmi les visionnaires dont elle se méfie.
Puis elle formule un jugement sans ambiguïté : « Moi, je suis plus que persuadée que Marie-Julie est dans le faux : c’est déplorable. »
Et, beaucoup plus tard encore, dans une lettre du 12 février 1900 répondant précisément à une question concernant Marie-Julie Jahenny, Mélanie rappelle qu’une voyante peut être trompée et qu’une vraie voyante elle-même peut parfois recevoir une vision fausse ou diabolique.
Cette divergence est importante. On pourra évidemment nous objecter que le jugement de Mélanie ne suffit pas à démontrer que Marie-Julie Jahenny était dans l’erreur. C’est parfaitement exact. Une révélation privée ne se réfute pas mécaniquement par une autre révélation privée. On pourrait également rappeler que le curé d’Ars lui-même avait douté de La Salette après son entretien avec Maximin avant de revenir ultérieurement à la conviction de l’authenticité de l’apparition. Mais la comparaison a précisément une limite : le curé d’Ars revint sur son jugement concernant La Salette ; nous n’avons pas trouvé de rétractation comparable de Mélanie concernant Marie-Julie Jahenny. Au contraire, les textes retrouvés entre 1880 et 1900 montrent une méfiance qui devient progressivement explicite.
Nous voici donc, au terme de ce premier épisode, devant un véritable imbroglio prophétique, historique et ecclésial, au milieu d’une Église elle-même travaillée par la confusion et déchirée par la division.
Et c’est peut-être précisément là qu’il faut rechercher avec le plus de discernement l’action du diable : dans ces divisions qu’il nourrit, dans cette confusion qu’il entretient, dans ces dialectiques d’opposition où chacun est sommé de choisir son camp, de condamner l’autre et de se croire soi-même du côté de la lumière.
Belle imposture de la Bête ! Tandis que chacun cherche l’ennemi dans le camp d’en face, elle peut ainsi dissimuler son action et se tenir dans l’ombre, au cœur même du sanctuaire.
Mais là encore, attention : Bête, Faux Prophète, apostasie, homme d’iniquité et Antéchrist sont-ils réellement les différentes pièces d’un même puzzle ? Ou sommes-nous précisément en train de les assembler parce que nous voulons qu’ils correspondent ?
Nous allons donc essayer, dans le deuxième volet, de démêler le vrai du faux, afin de reconnaître, autant que possible, la puissance apostate réellement à l’œuvre, sans nous laisser séduire, d’un côté comme de l’autre, par les faux prophètes, les fausses certitudes et les constructions humaines.
Merci d’avoir suivi ce premier volet, et rendez-vous bientôt pour la suite.
Stabat mater doloris
- Détails
Je soutiens Consecratio
L'association ne reçoit aucune subvention et souhaite vous offrir un contenu de qualité totalement gratuit. Nous faisons donc appel à la générosité de nos donateurs pour nous aider à supporter nos frais de fonctionnement.
Commenter
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.