Un évêque dans sa cathédrale

Un évêque est d’abord un prêtre. Ordonné dans la plénitude du sacerdoce, il est constitué pasteur du troupeau qui lui est confié. Successeur des Apôtres, il porte la charge de sanctifier, d’enseigner et de gouverner le peuple de Dieu dans la portion du vignoble qui lui a été assignée.

Sa mission n’est pas d’abord administrative ni diplomatique : elle est sacerdotale. Il doit offrir le Sacrifice, absoudre les pécheurs, baptiser les enfants de Dieu, confirmer les fidèles et veiller, comme un père, à ce que rien ne manque à ceux dont il a la charge.

La cathédrale est le siège visible de cet épiscopat. Elle tire son nom de la cathèdre, le siège solennel depuis lequel l’évêque enseigne et préside. Elle n’est pas un monument touristique ni une simple grande église plantée au centre de la ville : elle est le cœur du diocèse, le lieu où l’évêque, pasteur ordinaire, est censé exercer son ministère sacerdotal au milieu de son peuple. C’est là que se manifeste, de manière privilégiée, l’unité de l’Église locale autour de son père dans la foi.

Le conseil permanent de la conférence des évêques de FranceOr, que voyons-nous aujourd’hui en France ? Dans la quasi totalité des diocèses, l’évêque a cessé d’être le prêtre de sa cathédrale. Trop occupé par d’innombrables réunions — œcuméniques, interreligieuses, administratives, « pastorales » ou purement mondaines —, trop absorbé par les dossiers de la Conférence des évêques de France, trop préoccupé de sa propre carrière ou d’influences (maçonniques ?) qui n’ont rien à voir avec le service de l’autel, il a abandonné sa propre église.

Dans un aveu pragmatique, il a fini par nommer un « curé de la cathédrale »...

Lui-même n’y célèbre plus la Messe, pas même le dimanche. Il n’y confesse plus. Il n’y baptise plus. On se demande parfois s’il se souvient encore qu’il a été ordonné prêtre avant d’être mitré et crossé.

Où sont passés nos évêques, nos pères ? Ont-ils oublié que, avant les honneurs, les titres et les fonctions, ils ont reçu l’onction sacerdotale ? Pourquoi ont-ils relégué leur ministère de prêtre au second plan, au point de le déléguer entièrement à quelqu'un d'autre ? Le sacerdoce n’est pas un accessoire de l’épiscopat : il en est le fondement et la source.

Des évêques trop occupésSans le prêtre qui célèbre chaque jour le Sacrifice du Christ, l’évêque n’est plus qu’un administrateur en soutane violette, voire en clergyman si conformément urbain. Les fidèles, eux, se sentent orphelins. Ils attendent des pères, non des managers du monde. Ils ont besoin de pasteurs qui connaissent leurs brebis dans leur vie spirituelle, non de prélats qui passent leur temps dans les salles de réunion.

Que les évêques français, si ardents défenseurs de la simplicité des premiers temps, redeviennent donc d’abord des prêtres ! Qu’ils célèbrent chaque matin, dans leur cathédrale, le saint Sacrifice de la Messe, comme tout prêtre digne de ce nom est tenu de le faire quotidiennement. Qu’ils y entendent les confessions. Qu’ils y baptisent. Qu’ils y soient présents, non comme des hôtes prestigieux de passage lors des grandes occasions, mais comme le père de famille dans sa maison. Alors seulement ils pourront être de véritables pasteurs. Alors seulement les fidèles cesseront de se sentir abandonnés.

Car la question demeure : nos évêques absents disent-ils tous encore seulement la Messe chaque jour ? Ou ont-ils finalement oublié d’être prêtres ?




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