L'humanité dans tous ses états (1)
1er chapitre
La création est la première révélation de Dieu. Quelle en est l’origine ? Qui est l’homme ? Quelle est sa place ? Est-il le seul rédacteur et acteur de l’histoire ? La recherche de la vérité peut-elle être entreprise pour elle-même, ou s’ordonne-t-elle au fondement d’une sagesse chrétienne ? Croyons-nous encore vraiment que Dieu est le Créateur de toutes choses ?
Ces questions visent à établir que l’homme est pour Dieu son projet de vérité et d’amour.
La création repose sur deux constantes : la matière et le temps. Ils constituent le cadre à l’intérieur duquel se déploie la vie et la mémoire de l’usage que chacun fait de sa liberté qui oblige à la recherche de la vérité.
La recherche de la vérité fait appel à la puissance intellective ainsi qu’aux œuvres du point de vue de la foi chrétienne. Elle s’aide de la philosophie qui n’est qu’un ensemble d’outils ; des outils subordonnés à la théologie, à la Révélation. Elle contribue élever la sagesse réellement chrétienne, mais elle n’est pas issue de la « philosophie ». Elle est séparée des cultures païennes de l’Antiquité ainsi que des courants modernes de pensée.
La Révélation, la Tradition et le Magistère infaillible contiennent tout ce qui est nécessaire à l’élaboration d’une authentique et indépendante sagesse spécifiquement chrétienne.
La quête de la vérité ne se soumet pas à la dictature de l’opinion qui s’oppose au sens surnaturel de la foi dans le peuple de Dieu. Elle rejette les idéologies. Elle exige de démontrer le fondement des hypothèses. La vérité, pour le chrétien est avant tout une Personne, Jésus-Christ.
La philosophie n’est pas une science, car elle n’est pas un créé doté d’une essence stable ni d’un objet propre et définissable. Elle ne peut pas prétendre au statut de science fondamentale. Elle n’est qu’un ensemble de méthodes, d’outils intellectuels et d’approches critiques. Elle n’est pas une fin en soi ; ni l’amie de la sagesse, mais une aide technique de celle-ci. Que l’on soit homme naturel ou disciple du Christ, la recherche de la sagesse est nécessaire, à la condition que le chercheur l’ordonne à la vérité.
L’histoire de la pensée occidentale le démontre tragiquement : dès lors qu’on a voulu ériger la philosophie en science autonome et souveraine, ses outils se sont retournés contre le chercheur et sa société. Le penseur est tombé dans un intellectualisme stérile, développant une complaisance orgueilleuse de la raison, se transformant en matrice d’idéologies destructrices et mortifères. Il s’est éloigné de la recherche de la vérité et ne peut prétendre à élever une sagesse.
Aujourd’hui, nous n’avons pas une pensée qui soit ordonnée en vue d’établir une sagesse chrétienne, malgré l’immense travail des Pères de l’Église, du premier concile du Vatican et les tentatives menées avant et pendant le second concile du Vatican. Nous n’y parvenons pas, car nous demeurons prisonniers des courants de pensée hellènes et de leurs méthodes. Un carcan très pesant, il retient la liberté intellectuelle, de penser. Nous n’osons pas nous en affranchir alors que nous pourrions vivre de notre liberté d’enfants de Dieu dans tous les domaines.
Être un intellectuel chrétien et catholique, implique une rupture avec ce passé, de la même manière que les premiers chrétiens ont rompu avec l’héritage hébreu lors de la destruction du Temple de Jérusalem. L’absence de sagesse chrétienne, originale, nous désarme face aux défis de notre époque, qui s’effondre dans une décivilisation. Rappeler les Commandements de Dieu ne suffit plus : il est urgent d’expliquer en quoi l’homme est un projet de vérité et d’amour. Pourquoi est-il aimé d’un Dieu qui s’est voulu semblable à l’homme ?
Le peuple de Dieu a besoin de se nourrir d’une sagesse qui lui soit accessible, structurée, lui permettant de se défendre des pollutions de l’esprit du monde. Une sagesse qui renouvelle les fondements de la culture et de la société chrétienne, qui élague le mensonge de ceux qui ont le prétention de nous dire comment penser, et si possible en dehors de la Révélation. Travailler à ce projet si nécessaire exige de revisiter nos propres certitudes scolaires ainsi que celles des scientifiques – ou plutôt des scientistes ; ils nous imposent leur narratif dans tous les domaines de l’acte humain, y compris dans celui de la foi. Nous devons les démystifier, les bouter par une raison qui s’alimente à la vérité. Nous ne pouvons pas compter sur nos seules forces intellectuelles, nous avons à aller vers une authentique vie d’union au Christ Jésus, et d’agir de l’intérieur de l’unité des trois Cœurs.
Notre troisième cycle de deux mille ans se termine, nous négocions un tournant délicat. Il se caractérise par un net mouvement de décivilisation, la loi du plus fort, de la violence. Une situation directement liée au projet de société porté par nos élites : une société a-religieuse, que l’on ne s’étonne pas de la proximité du jugement des nations, il est devenu inéluctable. Les anges déchus savent que leur fin est proche. Ils circulent au milieu de nous, dans les rues, sur les places, à l’intérieur même des demeures et au milieu des clercs. Leur haine et leur désespoir sont exacerbés par l’imminence de leur rejet définitif dans leur royaume de ténèbres ; l’humanité en ressent les effets. Des tensions, à la fois naturelles et surnaturelles, la traversent et l’oppressent. Nous sommes entrés dans une zone historico-eschatologique avec pour seul bagage notre foi.
(à suivre...)