Progressisme : quand la désobéissance devient un programme
L'Église d'Allemagne défie de nouveau Rome
Le 23 juin 2026, le Saint-Siège rendait publique la réponse du Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements à une demande de la Conférence épiscopale allemande.
Dans une lettre datée du 17 juin 2026, adressée à son président, Mgr Heiner Wilmer, le cardinal Arthur Roche refusait d'accorder l'indult sollicité. Les évêques allemands demandaient à pouvoir autoriser, dans certains cas exceptionnels, un fidèle laïc à prononcer l'homélie au cours de la messe.
La réponse de Rome est sans ambiguïté :
« L'homélie réservée au prêtre ou au diacre ne résulte pas d'une simple norme disciplinaire, mais découle de la nature même de la liturgie. »
Le Dicastère ajoute :
« La proclamation de la Parole au sein de la célébration liturgique est inséparable de la mission reçue sacramentellement. »
Le Saint-Siège ne rappelle donc pas une simple règle d'organisation susceptible d'être adaptée selon les circonstances locales. Il réaffirme un principe théologique : l'homélie appartient aux ministres ordonnés – évêques, prêtres et diacres – et ne peut être confiée ni à un fidèle laïc, ni à un ministre institué (lecteur ou acolyte), par une simple décision pastorale.
Pourtant à peine un mois plus tard, le 22 juillet 2026, à l'occasion de la fête de sainte Marie-Madeleine, une femme est invitée à prononcer une prédication aux côtés d'un évêque lors d'une célébration en Allemagne. Le geste est hautement symbolique : alors même que Rome vient de rappeler clairement la discipline de l'Église, certains choisissent d'agir comme si cette réponse n'avait jamais existé.
Une méthode déjà connue
Ce procédé n'est pas sans rappeler un précédent historique.
Dans les années 1960, la pratique de la communion dans la main s'était déjà introduite dans plusieurs pays en contradiction avec la discipline alors en vigueur. Dans l'instruction Memoriale Domini du 29 mai 1969, saint Paul VI constate que cette pratique s'est diffusée sans l'autorisation du Saint-Siège. Il rappelle que la très grande majorité des évêques consultés s'est prononcée pour le maintien de la manière traditionnelle de distribuer et de recevoir la sainte Communion. Toutefois, constatant que certaines conférences épiscopales avaient déjà laissé s'installer cette pratique, le pape accorda, par voie d'indult, la possibilité à ces conférences d'obtenir une dérogation, sous des conditions précises, tout en réaffirmant que la manière traditionnelle de distribuer la sainte Communion, c'est-à-dire sur la langue, demeurait la norme de l'Église latine.
Le parallèle est frappant.
Dans les deux cas, le même mécanisme semble se reproduire :
- une pratique nouvelle apparaît localement en contradiction avec la discipline de l'Église ;
- elle est justifiée au nom de motifs pastoraux ;
- Rome intervient pour rappeler la doctrine et la discipline universelles ;
- malgré ce rappel, certains poursuivent cette pratique dans l'espérance que le fait accompli finira par modifier le droit ou les usages de l'Église.
Qui décide dans l'Église ?
Cette manière de procéder soulève une question de fond : qui décide dans l'Église ?
L'Église catholique n'est pas une fédération d'Églises nationales où chaque conférence épiscopale pourrait fixer sa propre doctrine, sa propre liturgie ou sa propre discipline sacramentelle. Les conférences épiscopales rendent un service de coordination pastorale et administrative entre les évêques d'un même pays, ainsi que dans les relations de l'Église avec les autorités civiles de ce pays. Elles ne peuvent se substituer à l'autorité du Successeur de Pierre ni modifier ce qui appartient à la constitution sacramentelle de l'Église.
Comme le rappelait Benoît XVI, la seule réforme authentiquement catholique est celle qui s'inscrit dans « l'herméneutique de la réforme dans la continuité de l'unique sujet-Église ». À l'inverse, lorsque des pratiques locales persistent malgré un rappel explicite du Saint-Siège, la difficulté n'est plus seulement disciplinaire. Elle touche à la conception même de l'autorité dans l'Église et à la communion avec le Siège de Pierre.
Il semble bien loin le temps où les catholiques faisaient leur la maxime héritée de saint Augustin : « Roma locuta est, causa finita est » – Rome a parlé, la cause est entendue.
Aujourd'hui, certains paraissent lui substituer un tout autre principe : « Rome a parlé… poursuivons malgré tout, jusqu'à ce que Rome finisse par céder. »
Or, la véritable réforme de l'Église ne naît jamais de la stratégie du fait accompli. Elle naît de l'obéissance de la foi. Car la communion ecclésiale ne consiste pas à faire pression sur Rome jusqu'à obtenir un changement, mais à accueillir avec fidélité l'enseignement de l'Église et de son Pasteur suprême.
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