L'ex-Abbé Michel, de Thiberville, poursuit son errance
Le 29 septembre 2026, Mgr Olivier de Cagny, évêque d’Évreux, a publié un communiqué pour rappeler que M. Francis Michel n’est plus prêtre de l’Église catholique, et que la cérémonie annoncée le 11 octobre à l’«oratoire Saint-Joseph» de Thiberville ne saurait être une ordination catholique. Le texte ne crée pas une affaire nouvelle, il constate la suite d’une rupture ouverte depuis plus de quinze ans.
Un conflit de gouvernement, puis une désobéissance durable
L'Abbé Francis Michel a été nommé en 1986 curé du groupement interparoissial de Thiberville, dans l’Eure, aux confins du diocèse d’Évreux. Il y est resté plus de vingt ans. Fin 2009, sur fond de lutte contre la liturgie traditionnelle (l'Abbé Michel célébrant les sacrements selon les livres liturgiques de 1962), Mgr Christian Nourrichard décide de transformer ce groupement en communauté locale rattachée à la paroisse Notre-Dame de Charentonne, centrée sur Bernay. Le curé doit partir et ne pas être remplacé. L’annonce, faite à la messe du 3 janvier 2010, se heurte à un refus public des fidèles. Une médiation confiée à l’évêque de Bayeux-Lisieux aboutit, fin 2011, à une solution de repli : Francis Michel devient recteur du Planquay, l’une des plus petites paroisses du secteur.
Le conflit ne s’apaise pas, ni l'abbé ni l'évêque ne renoncent à leurs positions. En 2016, l'Abbé Michel est frappé d’une suspense a divinis : il lui est interdit de conférer les sacrements et de célébrer les sacramentaux. Il passe outre. En juin 2019, une messe au Planquay, en présence de « gilets jaunes », le fait connaître au-delà du diocèse : des chants hostiles au président de la République y sont entonnés. Le surnom d’« abbé des gilets jaunes » date de là. Il ne résume pas le dossier canonique, qui est antérieur et d’une autre nature : refus répété de l’autorité de l’évêque, poursuite d’un ministère interdit, usage des biens et des quêtes en dehors du cadre diocésain.
La procédure de l’Église, jusqu’au renvoi de 2020
L’Église n’a pas procédé par communiqué. Une suspense, déjà grave, laisse au clerc l’état sacerdotal tout en lui retirant l’exercice. Devant la persistance, le dossier a été porté à Rome. Le 6 avril 2020, la Congrégation pour le clergé a infligé à Francis Michel la peine de renvoi de l’état clérical, avec dispense des obligations liées à l’ordination. La décision, notifiée le 15 mai 2020 par Mgr Nourrichard, a été qualifiée d’ultime et sans appel.
Le canon 292 du Code de droit canonique en fixe les effets : celui qui perd l’état clérical perd les droits propres à cet état, est interdit d’exercer le pouvoir d’ordre1, et se trouve privé de tout office, de toute charge et de tout pouvoir délégué. Concrètement, le diocèse a précisé qu’il ne pouvait plus célébrer l’Eucharistie, prononcer une homélie, administrer licitement les sacrements de l’Église catholique romaine, ni exercer une charge de direction pastorale ou d’administration paroissiale. Les mariages et les confessions qu’il célébrerait seraient en outre invalides, le pouvoir lui en ayant été retiré.
Francis Michel a refusé de signer l’acte et a répondu qu’« on est prêtre pour l’éternité ». La formule confond le caractère sacramentel, ineffaçable, et le droit d’exercer le ministère. L’Église ne nie pas le premier. Elle retire le second, et c’est précisément ce que fait le renvoi de l’état clérical.
Les faits judiciaires, distincts de la peine canonique
Le volet pénal ne se confond pas avec la sanction de l’Église. En 2016, la cour d’appel de Rouen l’avait condamné à 15 000 euros pour des détournements de dons de fidèles alors qu’il officiait à Thiberville. Le 17 septembre 2020, le tribunal correctionnel l’a condamné en première instance à six mois de prison avec sursis, 3 000 euros d’amende, et au remboursement de 20 138 euros au diocèse, pour des quêtes et des donations encaissées alors qu’il n’avait plus le droit de célébrer. Le 12 septembre 2022, la cour d’appel l’a relaxé. Cette relaxe clôt le contentieux civil et pénal sur ces sommes. Elle ne réintègre pas un clerc renvoyé, et ne rend pas licite une messe que le Saint-Siège a interdite.
Un ministère poursuivi hors de la communion
Le rappel de Mgr de Cagny, le 30 décembre 2025, montre que la célébration a continué, y compris à Noël, à Thiberville. L’évêque y cite de nouveau le canon 292, rappelle que les actes du culte catholique posés par M. Francis Michel sont illicites, et que mariage et pénitence seraient invalides. Il demande de ne plus lui confier aucune fonction liturgique, y compris les inhumations, et prie pour qu’il entende l’appel de l’Église.
Le communiqué du 29 septembre 2026 va plus loin sur le milieu qui s’est constitué autour de lui. M. Aurélien Rivière a annoncé qu’il serait « ordonné diacre », le 11 octobre, à l’oratoire Saint-Joseph de Thiberville, par un certain Dominique Philippe. À la connaissance de l’évêque, celui-ci appartient à une « Église catholique gallicane », qui n’est pas en communion avec l’Église catholique. Il n’est donc, pour Rome, ni évêque ni prêtre, et ne peut ordonner validement. La cérémonie annoncée est invalide et illicite. Le même texte rappelle, dans le même mouvement, l’interdiction faite à Francis Michel de célébrer ou de prêcher.
Ce n’est plus un différend de nomination à l’intérieur du presbyterium. C’est le recours, pour prolonger une activité cultuelle, à un ministre d’une structure séparée de Pierre. L’« Église catholique gallicane » n’est pas l’Église anglicane ; elle n’en est pas moins hors de la communion catholique. Conférer ou recevoir un ordre dans ce cadre ne produit pas un diacre de l’Église, pas plus que la soutane conservée après 2020 ne rend le ministère.
Hors de l’Église, point de salut
La formule est ancienne, et le Magistère en a fixé le sens. Le Christ a fondé une seule Église. Elle subsiste dans l’Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui2. Nul ne se sauve par une chapelle qu’il s’est donnée, ni par la fidélité d’un groupe local à un homme qui a cessé d’obéir. L’ignorance invincible peut disposer autrement celui qui n’a pas connu l’Église ; elle n’excuse pas celui qui, la connaissant, s’en sépare et y entraîne des fidèles.
L’obéissance demandée ici n’est pas un simple conflit liturgique (même si la persécution initiale est indéniable). L’obéissance est la condition pour que le sacrement soit celui de l’Église, et non le geste d’un particulier. Mgr de Cagny le rappelle en se plaçant, avec ses fidèles diocésains, sous l’autorité du pape Léon XIV. La porte n’est pas fermée à une réconciliation : elle passe par l’écoute de la sentence, non par sa négation. Tant que M. Francis Michel célèbre contre le décret de 2020, et que l’on cherche à Thiberville des ordinations hors de la communion romaine, ce n’est pas l’Église qui s’éloigne, c’est une errance qui se prolonge.
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