Se former avec Consecratio
La franc-maçonnerie moderne est généralement considérée comme étant née en 1717 avec la fondation de la première Grande Loge de Londres. À peine vingt-et-un ans plus tard, en 1738, elle était déjà condamnée par le pape Clément XII dans la bulle In eminenti apostolatus specula. Depuis lors, malgré les changements historiques, les formes diverses de la maçonnerie et les évolutions de la société, l'Église n'a jamais levé son jugement de fond sur l'incompatibilité entre l'appartenance catholique et l'appartenance maçonnique.
Un prêtre, un évêque ou un fidèle ayant été initié en loge peut sincèrement penser qu'il est possible d'être à la fois catholique et franc-maçon. Certains estiment même combattre les formes athées ou matérialistes de la franc-maçonnerie tout en appartenant à une obédience qu'ils considèrent plus spirituelle ou plus compatible avec le christianisme.
Ils peuvent également être troublés par un fait réel : un prêtre franc-maçon continue de célébrer validement la messe, et un évêque franc-maçon continue de conférer validement les sacrements. Lorsque le prêtre prononce les paroles de la consécration, la transsubstantiation a bien lieu. Lorsqu'un évêque ordonne un prêtre ou confirme un fidèle, le sacrement est bien conféré.
C'est là que se trouve le paradoxe.
Selon la doctrine catholique, les sacrements agissent ex opere operato, c'est-à-dire en vertu de l'action du Christ lui-même et non principalement en raison de la sainteté personnelle du ministre. La validité du sacrement ne dépend donc pas de l'état moral du prêtre ou de l'évêque, pourvu qu'il accomplisse correctement ce que fait l'Église.
Ainsi, un prêtre ou un évêque appartenant à la franc-maçonnerie peut malheureusement être dans une situation objectivement contraire à l'enseignement de l'Église tout en continuant à célébrer validement les sacrements.
Cette réalité peut donner l'impression qu'il est finalement possible d'être simultanément catholique et franc-maçon. Certains fidèles en concluent alors que l'Église aurait changé d'avis ou que les condamnations anciennes ne concernaient qu'une certaine forme de maçonnerie.
Pourtant, ce n'est pas ce qu'enseigne l'Église.
La déclaration du 26 novembre 1983 de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, approuvée par Jean-Paul II et signée par le cardinal Joseph Ratzinger, affirme explicitement :
« Le jugement négatif de l'Église sur les associations maçonniques demeure inchangé. »
Et elle ajoute :
« Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion. »
Le problème n'est donc pas celui de la validité des sacrements, mais celui de la communion ecclésiale et de l'adhésion à l'enseignement de l'Église.
Certains soutiennent qu'il faudrait distinguer une « bonne » franc-maçonnerie d'une « mauvaise » franc-maçonnerie, ou que les condamnations visaient uniquement certaines obédiences anticléricales du XIXe siècle. C'est précisément cette interprétation que Rome a refusée à plusieurs reprises. Les autorités de l'Église ont examiné cette question durant des décennies et ont finalement réaffirmé que le jugement négatif portait sur les principes maçonniques eux-mêmes et non seulement sur certaines dérives historiques ou politiques.
Cette position a été réaffirmée une nouvelle fois en 2023 par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, avec l'approbation du pape François, à la suite d'une question posée par la Conférence épiscopale de Madagascar. La réponse rappelle que l'appartenance à la franc-maçonnerie demeure incompatible avec la doctrine catholique et que les fidèles inscrits dans les loges ne peuvent accéder à la Sainte Communion.
Le fait que certains théologiens, certains prêtres, certains évêques ou même certains grands maîtres de la franc-maçonnerie affirment le contraire ne modifie en rien l'enseignement officiel de l'Église. En matière de doctrine, l'autorité ne repose ni sur la réputation d'un auteur, ni sur le prestige d'un théologien, ni sur les déclarations d'une obédience maçonnique, mais sur le Magistère de l'Église. Ainsi, même lorsqu'un théologien renommé soutient la compatibilité entre catholicisme et franc-maçonnerie, même lorsqu'un prêtre ou un évêque estime personnellement que les condamnations sont dépassées, ou lorsqu'un grand maître affirme qu'il n'existe aucune contradiction entre les deux appartenances, ces opinions ne possèdent pas l'autorité nécessaire pour modifier l'enseignement officiel de l'Église. La véritable question n'est donc pas : « Que pensent certains catholiques, certains théologiens ou certains francs-maçons ? » mais : « Que dit l'Église ? » Or depuis Clément XII en 1738 jusqu'au Dicastère pour la Doctrine de la Foi en 2023, la réponse officielle demeure substantiellement la même : l'appartenance à la franc-maçonnerie est incompatible avec la pleine adhésion à la foi catholique.
En conséquence, un catholique peut croire sincèrement que la double appartenance est possible. Un prêtre ou même un évêque peut être personnellement convaincu que l'Église a évolué sur ce point. Mais la question n'est pas celle des opinions individuelles. Elle est celle de l'enseignement officiel et constant du Magistère, lequel affirme depuis 1738 jusqu'à aujourd'hui que l'appartenance à la franc-maçonnerie est incompatible avec la pleine adhésion à la foi catholique.
Il faut également rappeler qu'un fidèle qui se présente volontairement à la communion alors qu'il se trouve dans une situation que l'Église considère comme gravement contraire à sa doctrine prend une responsabilité spirituelle sérieuse. Selon l'enseignement traditionnel de l'Église, recevoir l'Eucharistie sans être en pleine communion avec la foi et la discipline de l'Église peut constituer une communion sacrilège. Comme l'enseigne saint Paul : « Celui qui mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur »1.
Dieu seul connaît les consciences et les degrés de responsabilité de chacun. Mais objectivement, l'Église enseigne que l'appartenance maçonnique est incompatible avec la réception de la Sainte Communion.
Le fait même que cette situation puisse perdurer malgré la clarté de l'enseignement de l'Église est le signe d'une division réelle au sein du peuple chrétien. Lorsqu'une doctrine constamment enseignée depuis près de trois siècles cesse d'être connue, enseignée ou appliquée avec suffisamment de fermeté, la confusion s'installe inévitablement dans les esprits.
Cette situation rappelle la célèbre vision du pape Léon XIII en 1884. Selon ce récit largement diffusé dans l'Église, le pape aurait reçu la vision d'un combat spirituel particulièrement intense mené contre l'Église durant une période déterminée de son histoire. Profondément marqué, il composa peu après la célèbre prière à saint Michel Archange afin de demander une protection particulière contre les attaques du démon.
Elle rappelle également les paroles prononcées par le pape Paul VI le 29 juin 1972 :
« Nous avons le sentiment que par quelque fissure la fumée de Satan est entrée dans le peuple de Dieu. »
Paul VI évoquait alors le doute, les divisions, les contestations et la confusion doctrinale qui troublaient la vie de l'Église. Sans identifier une cause unique à cette crise, il est difficile de ne pas constater que la persistance de situations objectivement contraires à l'enseignement officiel de l'Église contribue elle aussi à entretenir la confusion des fidèles.
Ainsi, l'existence de prêtres, d'évêques ou de fidèles appartenant à la franc-maçonnerie ne constitue pas une preuve de compatibilité entre les deux appartenances. Elle manifeste seulement la distinction fondamentale entre la validité des sacrements, qui dépend de l'action du Christ (ex opere operato), et la situation canonique ou morale de celui qui les célèbre ou les reçoit. C'est précisément cette distinction qui explique le paradoxe apparent : un sacrement peut être valide tout en étant célébré ou reçu dans une situation objectivement contraire à l'enseignement de l'Église.
C'est aussi cette distinction qui entretient encore aujourd'hui la confusion chez de nombreux fidèles et conduit certains à croire, à tort, que l'Église aurait finalement reconnu la possibilité d'être à la fois pleinement catholique et franc-maçon.
- ↑ 1 Co 11, 27
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